Editorial. Les Francophones seront-ils donc toujours les dindons de la farce?

Ces dernières semaines, plusieurs mauvaises nouvelles ont été annoncées aux Wallons et aux Bruxellois. Si l’on pouvait se douter que de telles révélations ne pourraient qu’être désagréables à entendre, il n’est quand même jamais interdit d’espérer des miracles.

La première mauvaise nouvelle concerne le coût pour les Francophones de la sixième réforme de l’Etat. Les dotations transférées par l’Etat fédéral pour l’exercice de certaines compétences s’avèrent être insuffi santes. Celles qui sont principalement visées sont les suivantes : allocations familiales, soins de santé, emploi, personnes âgées et hôpitaux. Le manque à gagner pour la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles vient d’être évalué par l’ULB à 319 millions d’euros, alors que la Flandre, grâce à cette opération, encaisse un bénéfi ce de 302 millions d’euros. De plus, certains coûts relatifs au fonctionnement n’ont pas été pris en compte, tels le personnel à recruter, l’informatique et les bâtiments. Eh oui, diviser une administration en deux ou en trois, cela coûte cher !

Autre mauvaise nouvelle, le chef de groupe de Défi  au Parlement bruxellois révèle que, selon son analyse, la SNCB serait plus performante pour les navetteurs fl amands que pour leurs homologues wallons. L’étude, menée avec rigueur scientifi que, révèle des disparités dans la qualité des liaisons directes entre plusieurs grandes villes et Bruxelles, mais également dans le temps de parcours.

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Nouvelle tuile pour les Francophones. Le Gouvernement fédéral vient de décider le maintien de la clé de répartition des quotas de numéros Inami entre la Flandre (60 %) et la Fédération Wallonie-Bruxelles (40 %) pour 2022, ce contre l’avis de planifi cation médicale qui avait proposé une répartition plus favorable aux Francophones. C’était toutefois compter sans la N-VA et le CD&V qui se sont empressés de relayer au plan politique l’opposition radicale à tout changement en la matière, position manifestée par Rik Torfs, le recteur fl amingant de la KUL. Si l’on ne tenait compte que de la démographie des trois Régions, la répartition serait de 57,5 % pour les Flamands contre 42,5 % pour les Francophones.

NV-A, pas NV-A, cela ne change en fait rien. Cela fait des décennies qu’à l’occasion de chaque répartition nord/sud, les Francophones sont les perdants de l’opération. On l’a vu lors des lois linguistiques pour les fonctionnaires, lors de la communautarisation de l’enseignement, lors de l’attribution de la clé de répartition 80/20 à Bruxelles, lors de la répartition des investissements de la

SNCB, et les exemples pleuvent. On se fait avoir à chaque coup !

Le ciel n’est cependant pas totalement rempli de nuages menaçants. Un rayon de soleil sur fond d’azur nous donne quand même chaud au cœur. Alors que plusieurs voix s’étaient élevées pour réclamer la régionalisation de l’enseignement et de la culture, d’autres ont décidé de réagir afi n d’empêcher un tel gâchis. Un collectif d’une vingtaine d’intellectuels issus du monde culturel et académique et dont les renommées dépassent largement nos frontières ont signé un manifeste non seulement d’opposition à la régionalisation des matières précitées, mais aussi en vue de renforcer la capacité de la Fédération Wallonie-Bruxelles en ces domaines. Nous osons croire que cela calmera les velléités de certains Francophones qui, voulant nous diviser, font totalement le jeu des Flamands qui n’attendent que cela !

Jean-Luc Robert