4M7-éditorial-juin-2020

Commentaires fermés sur 4M7-éditorial-juin-2020

4M7-éditorial-mars-2020

Commentaires fermés sur 4M7-éditorial-mars-2020

ANNONCE

Il est aussi possible de suivre le Facebook de la Ligue de Francophone et wallonne de la Région de Bruxelles….

Voir aussi l’onglet « Bienvenue », pour les contacts…

Commentaires fermés sur ANNONCE

4m7-éditorial-déc-2019

Commentaires fermés sur 4m7-éditorial-déc-2019

4M7 – éditorial – déc 2018

 

 

Chères amies, chers amis, membres de la Ligue francophone et wallonne de la Région de Bruxelles, Ces derniers mots de cette année qui s’achève seront pour vous souhaiter d’excellentes fêtes de fi n d’année et une année 2019 pleine de satisfactions et de succès. Prenez soin de votre santé car tous vos proches ainsi que nous-mêmes, nous souhaitons que vous mainteniez la forme. Le présent numéro de votre journal préféré est, vous le constaterez, riche par la collaboration qu’il entretient avec des mouvements amis. Ceux-ci sont de grande qualité et à cheval sur l’actualité, même si celle-ci a connu des développements récents suite aux problèmes subis par le Gouvernement fédéral confronté à une N-VA qui ne trouve rien de mieux à faire que courir derrière le Vlaams Belang. Avec la classe politique fl amande, les Francophones ne seront jamais au bout de leurs surprises !

Le conseil d’administration de la LFWRB

 

 

POLITIQUE

LE F35 : UN TRES MAUVAIS CHOIX !

C’est décidé : le gouvernement a choisi le chasseur américain F35 de Lockheed Martin pour remplacer les 54 F16. C’est donc une commande de 34 F35 qui sera bientôt confi rmée auprès de l’agence américaine publique qui centralise les commandes et auprès de l’avionneur.

Cette décision prise par le gouvernement, sept mois avant la fi n de son mandat, est très négative dans tous ses aspects : technique, budgétaire, stratégique et tactique, économique, politique et européen (1).

Le gouvernement n’a eu cure de tous les avis négatifs -sauf ceux des militaires- et a imposé son choix qui transpirait depuis longtemps, puisqu’il ne faisait aucun doute que l’avion américain avait les faveurs de la N-VA et du CD&V (2)

Sur le plan technique, la décision est mauvaise, car l’avion, dont la version commandée n’existe pas encore, recèle de multiples problèmes et n’est pas toujours opérationnel dans les pays où il a été déjà livré. Tantôt ce sont des problèmes de moteur, tantôt des problèmes de sièges éjectables, tantôt ce sont des problèmes informatiques particulièrement sensibles et diffi ciles à résoudre. En effet, l’avion doit disposer d’un système informatique extrêmement précis qui lui permet d’être en interaction avec d’autres appareils et donc de voir ce que des avions situés à d’autres endroits sont capables d’observer.
Evidemment, il faut intégrer toutes les données, voir si le système fonctionne et si le pilote est capable et de les examiner et de les traiter. Sur ce point, l’avion dit de cinquième génération est donc en avance à condition que cela fonctionne, ce qui ne parait pas le cas puisque les forces aériennes qui en disposent se sont bien gardées de l’engager au combat.
C’est un avion dit furtif, donc capable d’échapper à la détection des radars adverses. Mais pour bénéficier de la furtivité, il a fallu réduire ses capacités de vol comme l’autonomie, la rapidité, les capacités d’emport des armes ou la manoeuvrabilité. Par ailleurs, beaucoup d’observateurs considèrent que l’avion furtif en 2018 ne le sera plus guère en 2025 à la suite de l’évolution des radars …au moment où la Belgique en disposera. Enfin la furtivité d’un avion qui dispose d’un réacteur hyperpuissant développant un volume de chaleur important et une onde très forte est toute relative.
Bref, à l’heure actuelle, le choix technique ne convainc pas ! Rappelons tout de même que la Belgique a déjà été confrontée à de mauvais choix lors de l’achat du F104 qui a multiplié les problèmes et dont une bonne quarantaine ont été perdus par accidents.

Sur le plan budgétaire, le choix est tout aussi préoccupant. Si l’achat lui-même ne coute que 3,8 milliards d’euros, soit 112 millions par avion, soit le double de ce qu’aurait pu rapporter la privatisation de BELFIUS, sur quarante années, il risque des s’élever à une bonne quarantaine de milliards, tout cela pour une flotte de 34 avions dont le taux de disponibilité ne devrait pas dépasser 30 % et encore, c’est assez optimiste et cela ne tient pas compte des pertes éventuelles. On dépense donc une fortune pour disposer tout au plus d’une dizaine d’avions opérationnels, les autres étant en entretien ou en maintenance. C’est très cher payé. Quant à son utilisation, elle est carrément hors de prix puisque l’heure de vol coutera pas moins de 40.000 euros alors que l’heure de vol du F16 coute entre 6.000 et 7.000 dollars, soit un rapport de un à presque sept. Un tel cout le rendra rapidement impayable et il est donc fort probable qu’on doive sacrifier d’autres postes budgétaires pour y faire face ou qu’on réduise le nombre d’heures d’entrainement ou de veille. C’est donc un jouet particulièrement couteux sélectionné par des militaires plus proactifs en Kriegspiel qu’en réalités budgétaires et politiques.

En effet, on peut réellement s’interroger sur l’utilité d’une telle machine pour la Belgique. Une aviation de combat dans notre pays a deux fonctions principales : la police aérienne et la défense du territoire en commun avec les états voisins. Quelle est l’utilité d’un avion furtif pour ces deux missions, puisqu’il n’est pas censé se mesurer aux défenses de l’ennemi ? En fait, l’avion furtif est bien un avion offensif destiné à percer les défenses adverses. A notre connaissance, la Belgique n’est en guerre avec aucun Etat ; c’est donc dans le cadre d’une attaque cordonnée de l’OTAN contre un pays tiers que ces avions pourraient être utilisés. Si c’est pour aller balancer des bombes sur tous ceux qui ne nous plaisent pas et laisser le chaos après, ça ne sert à rien de disposer d’avions offensifs capables de percer les défenses adverses. La politique de la canonnière est révolue depuis longtemps et ne correspond plus aux volontés des peuples européens.

Sur le plan économique, le bilan est tout aussi désastreux puisque les retombées économiques, soi-disant évaluées à 3,6 milliards, ne sont guère identifiées. Plus grave encore : alors que l’industrie aéronautique wallonne est particulièrement active et représente près de 70 % de l’activité aéronautique industrielle du pays, la clé de répartition ne lui accorde qu’un maigre 30 % pour 20 % à Bruxelles et… 50 % pour la Flandre dont l’industrie aéronautique ne représente que 30 % du total. Et encore, il est possible que ces chiffres optimistes soient revus à la baisse ; de toute manière, la plus-value industrielle sera faible et l’industrie wallonne ne trouvera pas dans ces commandes des créneaux porteurs pour la simple et bonne raison que les pays partenaires du projet (Angleterre, Pays-Bas, Italie, etc.) ont déjà pris le meilleur pour leurs industries.

Nous payons donc au prix fort un avion dont les retombées profiteront essentiellement aux pays partenaires. Quant à l’entretien, il est fort possible qu’il ne puisse même pas être fait en Belgique et doive être effectué en Angleterre (3).

Enfin, avec 34 appareils très couteux pour deux bases (et moins d’une trentaine si on tient compte des accidents), le risque est grand que la base de Florennes passe à la trappe, d’autant que les fameuses bombes nucléaires américaines n’y sont pas entreposées.
Que des ministres francophones censés protéger et promouvoir les intérêts de la Wallonie aient accepté une pareille répartition s’apparente à une véritable trahison. Il parait clair que les ministres MR n’ont pas fait le poids et se sont laissé dicter leur abdication en rase campagne. Il ne sert à rien de faire les gros bras et d’expliquer que le choix est rationnel, si c’est pour constater que l’industrie wallonne, qui dispose d’un savoir-faire reconnu en industrie aéronautique, se contentera de miettes, le reste étant attribué aux industries flamandes.
Sur le plan européen, ce choix pose également problème. Il ne sert pas à grandchose de proclamer son engagement vis-à-vis de l’Union européenne si c’est pour faire des choix privilégiant le matériel américain à un moment où le président américain souhaite réduire ses liens et se distancer de ses alliés.

La réponse de la Belgique est pour le moins paradoxale, d’autant que les avions sont dotés d’un système informatique dont le fabricant a la complète maitrise. Pour parler clairement, les avions ne pourront pas effectuer de mission qui ne serait pas approuvée par le constructeur. Le F35 nie donc toute volonté de créer une défense européenne non dépendante d’un pays tiers.
Le choix du F35 représente une des pires décisions du gouvernement MICHEL (4) et illustre particulièrement l’incompétence de ses décideurs et la minorisation des ministres francophones qui comptent pour du beurre et qui ne sont pas capables de défendre les intérêts des 4.700.000 Francophones même dans un dossier où la Wallonie est en pointe. Honte à eux !

Michel LEGRAND

 

(1) Il est très regrettable qu’à l’instar de la Suisse, les citoyens belges n’aient pas été invités à donner leur avis sur un problème qui intéresse leur défense, preuve supplémentaire que la démocratie représentative n’est pas suffisante et qu’elle doit être complétée par des mécanismes de consultation populaire et de référendum. (2) Déjà en 2013, le ministre de la Défense P. DE CREM avait affiché sa préférence pour le F35 comme d’ailleurs Denis DUCARME ! (3) Ce n’est pas le cas avec le F16 pour lequel l’industrie wallonne dispose de toutes les données d’entretien et de maintenance. (4) Il eût été préférable de retarder la décision de remplacement, d’autant que les F16 modernisés pouvaient accomplir leurs missions au moins jusqu’en 2030 et d’autant que leur maintenance était parfaite et que leurs conditions d’utilisation restaient très modérées.

Commentaires fermés sur 4M7 – éditorial – déc 2018

4M7 – éditorial – juin 2018

Francophonie, un défi au 21e siècle (qui n’est pas un challenge)…

Le terme « francophonie » a été inventé en 1880 par le géographe français Onésime Reclus. Il a fallu quasi 70 ans pour que naisse la première association inter-francophone, soit l’Union des Journaliste et de la Presse de la Langue Française en 1950.

Au début des années 60 se crée l’association des Universités partiellement ou entièrement de langue française et, enfin, en 1979, l’asso­ciation des Maires francophones à l’initiative de Jacques Chirac.

En 1970, à Niamey (Mali), nait l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), sous l’impulsion de Léopold Sédar Senghor (Sénégal), d’Habib Bourguiba (Tunisie), d’Ha­madi Diori (Maroc) et d’André Malraux (France). L’idée de départ de l’ACCT était de mettre en commun les efforts de pays francophones et/ou ayant la langue française avec d’autres langues pour bâtir et développer une véritable communauté francophone. Son 1er secrétaire général a été un Français, Jean-Marc Leger, et par la suite, dans le cadre d’un multiculturalisme réel, un sénégalais, Abou Diouf.

Aujourd’hui, c’est une femme qui est secrétaire générale, à savoir Michaëlle Jean, Canadienne originaire d’Haïti (d’abord enseignante d’italien, ensuite présentatrice à la radio canadienne en français et en anglais et, enfin, gouverneure générale du Canada). Elle a été nommé lors du 15e sommet des chefs d’Etat et de gouverne­ment de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), nouvelle dénomination de l’ACCT. De 28 membres au départ, l’ACCT / OIF est passée très vite à 44, 47 et aujourd’hui 80 membres.

En 1991, au sommet de Chaillot (Paris), l’OIF (encore ACCT à l’époque), assure également le secrétariat de toutes les autres institutions de la francophonie : AIMF – Maires et responsables de capitales et métropoles ; AIPLF – parlementaires de langue française ; AUPELF – Universités ; Conférences des ministres de la Jeunesse et des Sports ; Conférence d’OING oeuvrant dans l’Espace francophone : femmes journalistes – presse – éditeurs – environnement et dévelop­pement du sud…)

Plusieurs sommets ont été organisés partout dans l’espace francophone : Dakar (1986 et 2014), Québec (1987), Cotonou (1995), Genève (2003), Tunisie (2005), Liège…

La Belgique est représentée 2 fois comme membre, à savoir par le Royaume de Belgique en tant que tel ainsi que par la Communauté Française de Belgique (actuelle Fédération Wallonie Bruxelles).

Roger Dehaybes, ancien Commissaire général du Commissariat général aux relations inter­nationales/CGRI (devenu Wallonie Bruxelles International) a assuré un rôle important comme administrateur général de l’OIF dans le cadre des activités d’échanges interculturels et d’éducation, des programmes spécifiques de solidarité, du suivi de la coopération juridique et judiciaire avec, entre autres, les « mallettes juridiques »). Dès 2010, il accompagné l’OIF dans son cheval de batail, à savoir sa volonté de contribuer à la protection de la de la démo­cratie et de l’Etat de droit (notamment par les envois d’observateurs de la Francophonie, lors d’élections dans plusieurs pays francophones en accord avec ceux-ci).

L’OIF a enfin obtenu le statut d’observateur aux Nations Unies en 1998 et concentre ses efforts sur le développement économique, la bonne gouvernance et l’avenir des femmes et des jeunes depuis 2014.

 

 

 

Tout pourrait donc être, pour nous fran­cophones, le meilleur des mondes… s’il n’y avait cette vraie bataille culturelle et donc économique qui se joue au plan mondial pour tenter d’imposer l’anglais comme seule langue d’échanges de travail entre institutions transna­tionales (et même au sein de celles-ci), dans le domaine de la recherche scientifique et même dans une certaine mesure, dans la culture (voire, aujourd’hui, dans l’espace numérique).

Comme l’indique le poète britannique Michaël Edwards, qui a choisi d’écrire en français « la langue française est une vision du monde » (voir Le Figaro du 17 novembre 2016), le français lui apparait comme une sorte de périphrase du réel.

Par cela, il veut dire qu’une langue comme le français se tient un peu à distance de ce qu’il décrit contrairement à l’anglais. Exemple : là où l’anglais utilise des mots concrets, la langue français a élaboré des adjectifs le plus souvent à partir du latin et du grec. Ainsi, en français on dit « concours hippique » quand en anglais on parle de « horse show ». De même, en français, il est question de « réforme agraire », en anglais de « land reform ». En anglais, « empreinte digitale » s’énonce « finger prints ».

Le poète Edwards cite quant à lui comme exemple la phrase « elle regagne le rivage à la nage » qui devient en anglais « she swims back to the shore ». La phrase française surplombe donc la scène alors que l’anglais épouse le mouvement de la nageuse vers le rivage et sa syntaxe veut donner une vue globale de la situation alors que l’anglais cherche davantage une souplesse accordée au mouvement.

Et puis, derrière la langue française, il y a aussi la France, même si nos français sont différents sur bien des points (ce que Michaëlle Jean appelle des accents). Il y a en tout cas le pouvoir des mots : « liberté, égalité, fraternité » restent ressentis par bien des peuples dans leur chair pour ce qu’ils représentaient – et continuent de représenter – comme affirmations d’émancipa­tion, d’affranchissement et de laïcité (ce dernier « mot » n’existant ni en anglais ni en arabe, sauf en Tunisie et au Liban).

Mais les faits sont têtus, en 2018 comme depuis toujours ! S’il est vrai qu’au niveau mon­dial, le français reste la 3e langue utilisée dans les affaires après l’anglais et le mandarin, au niveau des institutions européennes, le bilan est triste. Et il empire !

Le règlement CE n° 1/1958 du 15 avril 1958 encadre le régime linguistique de l’Union euro­péenne et définit les langues officielles et le travail des institutions de l’Union. Mais…

La Direction générale de la traduction de la Commission européenne indique dans plu­sieurs rapports quelle est la langue source des documents à partir desquels il y a eu traduc­tion dans les autres langues de l’Union et fait les constats suivants : « En 2011, 80,63 % des documents émanant de tous les services de la Commission étaient en anglais pour 5,76 % en français (2,28 % en allemand & 11,33 % dans les autres langues) ; en 2016, le rapport était devenu respectivement de 82,5 % et 3,70 %… ».

La situation est moins caricaturale au Parlement européen où il est constaté que les textes déposés par les députés européens en 2013 le sont à 71,01 % en anglais et 14,24 % en français.

En 2016, cette répartition est de 68,60 % et 14,33 %. Il faut rappeler que, au Parlement, tous les députés ont le droit de s’exprimer dans la langue de leur choix parmi les langues officielles de l’Union, soit à ce jour 28.

Bonne nouvelle toutefois, le français reste très majoritairement la langue du délibéré à la Cour européenne de justice.

Bref, il y a urgence à ne pas considérer « cette affaire de langue » comme un combat secon­daire. Il faut rester vigilant en veillant à ne pas se refermer : l’idée de la connaissance de deux lan­gues est promue tant par la France que par, par exemple, la Fédération Wallonie-Bruxelles), ainsi que, tout récemment, par l’Institut Français créé en 2010 et considéré comme opérateur de l’action culturelle extérieure de la France.

Faut-il rappeler à tous les francophones que nous sommes aujourd’hui quasi 280 millions d’hommes et de femmes qui pratiquent cette langue française, qui est aussi la seule présente dans les 5 continents.

Soulignons aussi le grand intérêt d’initiatives comme la chaîne de télévision TV5 (Europe et monde), initiative multilatérale de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Suisse, du Québec et de la France. Rappelons enfin le rôle joué depuis toujours par les lycées français (souvent présents dans des pays non francophones) ainsi que par les Alliances Françaises, qui regroupent dans plusieurs pays des francophones de coeur et de formation en organisant des activités culturelles francophones et européennes qui, sans elles, n’auraient sans doute pas existé dans ces pays.

Rien n’étant jamais définitif et perdu d’avance, comme nous l’ont montré nos frères québécois dans leurs lutte durant des décennies pour simplement exister avec succès aussi en fran­çais au Canada, gageons qu’avec un peu de persévérance, d’audace et d’attention, tous les organismes qui promeuvent la francophonie arriveront à donner au français un avenir au 21e siècle.

Jacques Bourgaux

Commentaires fermés sur 4M7 – éditorial – juin 2018

4M7 – éditorial – déc 2017

 

Éditorial

 

Fin du franglais de mode ou début de l’anglais en lieu et place du français ?
Maria Teresa Zanola, professeure de linguistique française à Milan, dans une étude intitulée « La fin du français », relève que « parler français ou franglais est souvent la marque d’un choix culturel de la part du locuteur ». Ainsi, selon elle, on parle franglais par besoin d’être à la mode, d’être « branché », voire de se positionner comme interlocuteur sérieux dans certains milieux : l’entreprise, le monde de l’audiovisuel, voire même des cercles académiques…

 

Pour les locuteurs utilisant le français dans leur vie quotidienne, s’exprimer en franglais revient aussi à se soumettre à une langue et à une culture au sens large que l’on croit supérieure à la sienne, c’est-à-dire plus « moderne », plus « effi cace », plus « à la page » ou plus « jeune ».

 

À l’issue de l’Assemblée générale annuelle de notre Ligue, nous avons eu l’occasion de voir un excellent film documentaire coréalisé par Jean-Pierre Roy et Michel Breton, à savoir « La Langue à terre ». Ce film évoque l’anglicisation de Montréal, du Québec en général et, d’une certaine manière, même de la France.
Le constat vaut également pour Bruxelles – la Ville comme la Région –, voire pour la Wallonie. L’envahissement de l’anglais dans les espaces publicitaires de toutes natures (annonces lumineuses, vitrines de magasins ou de banques, prospectus…) donne l’impression que la langue française, à Bruxelles, ne serait plus vraiment utile pour vendre, dans les contacts sociaux et même dans la recherche de travail – celleci y exigeant en outre une connaissance toujours plus exigeante du néerlandais pour les francophones.
L’été 2015, si vous débarquiez du Thalys à la gare du Midi en provenance de Paris, la seule publicité pour la Région de BruxellesCapitale qui apparaissait à la descente des escaliers roulants était « Brussels, a whole region to discover ».

 

Par ailleurs, nous avons le seul aéroport national – pardon, Brussels Airport ! – au monde qui privilégie, dans ses murs, la seule langue anglaise, à tous les niveaux, hormis quelques « Sortie – Uitgang – Ausgang » et autres indications utilitaires. Ne serait-il pas utile et normal qu’y fi gurent en outre le français, le néerlandais, voire même l’allemand qui est quand même notre troisième langue nationale ? Même le dépliant sur la découverte des entreprises en Brabant wallon a pour titre « Le top des entreprises du BW : des opportunités et des challenges ». Défi s est-il désormais un terme désuet en Brabant wallon, au profi t d’un « challenge » mis à toutes les sauces ?
Une entreprise comme Caméléon, installée à Woluwe-Saint-Lambert et à Genval, édite son catalogue publicitaire exclusivement en anglais (la mode du franglais…) avec des sous-titres comme « Selected Labels / Reduced Prices / Members only », mais aussi « Women’s week », « It’s nice to see you again », etc. De même, que de vitrines de magasins à Bruxelles, dans le haut comme le bas de la Ville, ornées de « Sales », « Midseason sale » et, depuis peu, de « Black shopping week ». Ou encore, pour des locations d’appartements, de magasins ou d’immeubles, des « To rent » à profusion…

 

Le pire pour les francophones fiers de leur langue, sans a priori contre l’anglais de la Grande-Bretagne, est la vraie trahison des Institutions francophones, voire de la Région de Bruxelles qui, elle, pourrait se prévaloir d’un bilinguisme français-néerlandais et d’un ajout en allemand et en anglais – à l’instar de la situation sans complexe qui existe en Suisse romande…

 

Les raisons de se révolter sont multiples : « Free shopping bus » (initiative de la Ville de Bruxelles), « Brussels smart city » (avec les « hotspot WIFI » plutôt que des zones d’accès WIFI), « Learning solutions » (dans le cadre du projet « Fiber to the school », lequel vise à équiper à terme 168 écoles secondaires à Bruxelles d’une connexion Internet à large bande), « Information Security Management » (au lieu de fournisseur d’accès Internet…) ou encore l’idée d’appeler le prochain complexe Monnaie « The Mint », cela après que le Palais des Congrès soit déjà devenu « The Square ». Mentionnons encore la carte de la Ville de Bruxelles qui est devenue « My Brussels Map » ou, en franglais, « Brussels à la carte », l’unique site Internet mentionné s’intitulant www.visit.brussels tandis que les publicités relatives aux musées du Cinquantenaire, des Instruments de musique et de la Porte de Hal parlent d’un « A world of stories » …

 

La Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas en reste : travaillant pour les trois entités francophones fédérées, elle a comme slogan sur son site Internet, ainsi que dans tout son matériel de communication et jusqu’à son papier à lettre, un très francophone… « Feel inspired » !
À la RTBF – avec ’F’comme francophone ! –, on ne cesse pas d’évoquer les « Call centers », « Replay » et « challenges », la seule émission destinée à découvrir de nouveaux talents dans la chanson populaire s’appelant en outre, comme en France, « The Voice ».

 

Même dérive au plan universitaire : « Summer university Brussels » (cours d’été de l’ULB qui, en outre, a débaptisé la faculté de commerce Solvay en « Solvay Brussels School / Economies & Management », dotée d’un dépliant « Solvay Executive Education – Career Development for Professionals » exclusivement rédigé en anglais.
Avec le niveau fédéral, la coupe est définitivement pleine. On ne compte plus les « Tax-on-Web », « Mypension », « B-post », « Tee it easy », « Energizing the city » (slogan d’un fournisseur de gaz), « Go for zero »
(l’un des slogans de la campagne de sécurité routière). Avec, cerise sur le gâteau, la « Court of the Future », dernière des idées géniales du ministre de la Justice, M. Geens, qui, le 25 octobre dernier, a promis « une justice plus accessible, plus prompte et ainsi plus équitable » dans un texte de 107 pages truffé d’anglicismes et de notions propres aux entreprises privées : « Juston-web », « input/output », « Central office », « Front office », « Back office », « Master plan » relatif aux bâtiments judiciaires en vue de leur sécurisation, « stakeholders » (censés faciliter les contacts), etc.

 

Après ce long exposé, l’auteur de ces lignes a envie de faire ASAP un brief sur les process développés ci-avant dans l’open space de son bureau en relevant qu’en entreprise, les mots de la langue de Molière qui sont maintenus laissent souvent entendre un appétit pour les pauses, les déjeuners, le café, les pots de départ… Ce qui ramène donc aussi à la conception du travail et, au-delà, à une vision du monde…
Comment inverser le processus ? À la Ligue, nous aimons beaucoup l’idée de Claude Hadège (Dictionnaire amoureux des langues) selon laquelle « imposer sa langue est imposer sa pensée ».

 

Jacques Bourgaux CEO…
pardon, simple administrateur de la Ligue

Commentaires fermés sur 4M7 – éditorial – déc 2017

Editorial, Wallonie-Bruxelles : ma patrie

 

En appelant le 19 juin dernier à constituer des gouvernements sans les socialistes, Benoît Lutgen n’avait sans doute pas réfléchi aux risques institutionnels de sa manœuvre, et au cadeau qu’il faisait aux adversaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles tant en Wallonie qu’à Bruxelles, mais aussi en Flandre.
Les développements de la crise qui s’en est suivie mettent à l’épreuve la solidarité entre Wallons et Bruxellois et risquent sacrifier leur communauté de destin à moins de deux ans d’un tournant dangereux dans l’histoire de notre pays. En effet, la constitution de majorités différentes dans les deux Régions risque de donner du combustible aux tenants d’une disparition de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et le projet de suppression des provinces pourrait agir de même, compte tenu de la nécessité de recycler les compétences provinciales en matières culturelles et d’enseignement.

Un discours essentiellement socialiste et wallon…

Le dénigrement de la Communauté française, rebaptisée Fédération WallonieBruxelles, n’est pas une nouveauté. C’est traditionnellement dans les rangs socialistes wallons que les voix ont été les plus nombreuses et les plus vibrantes en ce sens. Sans remonter aux grandes grèves de l’hiver 60 et aux Manifestes pour la culture wallonne, on rappellera les sorties plus récentes de Jean-Claude Marcourt, alors ministre à la Région wallonne et à la Communauté française, qui affirmait en 2012 qu’il fallait « déconstruire la « Fédération Wallonie-Bruxelles » Il était suivi dans ce discours par des parlementaires (Christophe Collignon, Pierre-Yves Dermagne et Nicolas Martin), par le secrétaire général de la FGTB wallonne, Thierry Bodson, et bien sûr, par ce grand régionaliste sous l’éternel qu’est Jean-Claude Van Cauwenberghe. … traditionnellement contesté par les libéraux.

Les libéraux, en revanche, ont adopté longtemps des positions « communautaristes ». Un grand stratège, bien au fait du rapport des forces dans l’Etat belge, Jean Gol, avait bien compris que face aux 6 millions de Flamands, les Francophones ne pouvaient se permettre de négocier en ordre dispersé. Il alla même jusqu’à évoquer la « Nation francophone ».
A sa suite, le parti libéral, sous ses successifs avatars, réaffirma à plus d’une reprise son scénario d’une Communauté française forte et unie.
En 1986, Louis Michel et Serge Kubla déposèrent au Conseil régional wallon une proposition de décret visant à « fusionner » Région wallonne et Communauté française, en énumérant tous les avantages de cette simplifi cation politique, administrative et budgétaire. En 2006 et en 2007, Didier Reynders, président du MR, préconisa lui aussi la superposition Région wallonne/Communauté française comme un moyen de simplifier les institutions et de susciter des économies d’échelle. L’idée se heurta au véto socialiste. En novembre 2007, suite au coup de force flamand au Parlement sur la scission de BHV, Daniel Ducarme préconisa la création d’une « Belgique française » unissant Bruxelles et Wallonie.
Toutefois, au MR, le vent semble tourner, à l’image des positions de ce parti envers la NVA. Fin 2015, on s’est surpris à entendre Didier Reynders rompre une lance en faveur d’une approche régionaliste. Mais c’est surtout du MR wallon que sont venus les plaidoyers les plus appuyés en faveur du déshabillage de la Communauté française. Après avoir annoncé, début juillet 2016, le schéma d’une Belgique à 4 régions, ce parti a fait une légère marche arrière, tout en ne citant même pas la Fédération Wallonie Bruxelles. Jean-Luc Crucke, un porte-parole du courant régionaliste, expliquait dans La Libre que ce n’était que partie remise et que, d’ailleurs, le schéma des 4 Régions proposé par le MR était « ce qui sied le mieux à nos alliés flamands ».

Vous avez dit « Communauté Wallonie-Bruxelles » ?

Malgré nombre d’éléments partagés en commun, personne ne nie les identités spécifiques des deux Régions.
C’est d’ailleurs le FDF qui fut le premier à proposer de rebaptiser la Communauté française en « Wallonie-Bruxelles » : dès septembre 1981, le sénateur André Lagasse déposait au Conseil de la Communauté française une proposition de décret intitulée « Proposition de décret portant constitution des Régions au sein de la Communauté Wallonie-Bruxelles ». Le 1er article stipulait :
« La Communauté Wallonie-Bruxelles se compose de deux Régions : la Wallonie et Bruxelles ». Mais aucune majorité ne se dégagea au Conseil pour voter cette proposition.

Le socle et les fantasmes

Le consensus majoritaire considère que les Wallons non germanophones et les Bruxellois partagent un patrimoine commun, qui s’illustre par un socle de trois compétences majeures exercées de concert au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles : la culture, l’enseignement et l’audiovisuel. Et c’est ce socle que certains, principalement en Wallonie, mais aussi, minoritairement à Bruxelles, voudraient dynamiter au nom de mobiles qui ressortissent davantage du fantasme que de l’analyse rationnelle, voire historique ou politique.
Passons en revue les principaux de ces fantasmes.

« Bruxelles a décidé »

Malgré une présence wallonne historique et significative à Bruxelles, de nombreux Wallons de toutes orientations politiques ont nourri et continuent à nourrir envers Bruxelles un sentiment de circonspection, voire d’allergie qui n’est pas sans rappeler celui de nombreux citoyens des pays de l’Union européenne envers « Bruxelles », entendue au sens d’un lieu de pouvoir lointain et bureaucratique. Il fut même des époques où aucun Bruxellois ne figurait dans le gouvernement belge et où les décisions étaient prises exclusivement par des ministres flamands et wallons, navetteurs quotidiens, mais imputées à « Bruxelles », origine de tous les maux. Les Bruxellois ont aussi été accusés de conservatisme unitariste, et d’être par ailleurs méprisants envers les Wallons.

Les faits contredisent cette lubie.

La Fédération Wallonie-Bruxelles dispose d’un Parlement composé de 75 élus wallons et de 19 élus bruxellois, soit un rapport de 80/20. En d’autres termes, les Wallons sont largement dominants et l’on comprend mal qu’ils se sentent mal servis par cette institution.

Passons en revue l’origine des ministres qui ont eu la culture et l’enseignement dans leurs attributions.

Depuis la création des « ministères de la Culture », de 1958 à 2017, sur les 27 titulaires du poste, 9 ont été bruxellois. Quant au poste de ministre de l’Education, depuis 1968, date de la séparation de fonctions autonomes par Communauté, 25 Wallons l’occupèrent, pour seulement 2 Bruxellois !
Quant au sentiment prétendument unitariste des Bruxellois, on rappellera que le FDF, porté sur les fonts baptismaux par les 4 mouvements wallons, devint rapidement le principal parti bruxellois, et fut le premier à défendre à Bruxelles le schéma fédéral. S’il n’occupe plus la première place aujourd’hui, ses principaux concurrents sont devenus fédéralistes.
On ajoutera que Bruxelles est la ville au monde qui compte le plus grand nombre de Wallons d’origine ; une osmose naturelle existe, renforcée par le courant permanent de Bruxellois qui choisissent de s’installer en Wallonie.

Bruxelles, porte ouverte sur l’Europe et le monde

Les Flamands ont bien compris l’importance de Bruxelles comme vitrine et porte d’accès à l’Europe et au monde. De leur côté, les Francophones avaient toutes les raisons du monde pour faire de Bruxelles la capitale de la Communauté française. Les 3 millions et demi de Wallons ont ainsi un accès au monde que beaucoup de régions européennes leur envient, tout en tâchant d’y ouvrir des représentations.
Vraiment, l’intérêt de la Wallonie n’est pas de se recroqueviller sur elle-même, sorte de Mongolie extérieure, coincée entre le monde français et le monde germanique.

La Fédération Wallonie-Bruxelles, accès royal à la Francophonie

Songeons également à la scène internationale : depuis 1987, la Francophonie a accordé à la Fédération Wallonie-Bruxelles un statut à part entière, distinct de l’Etat belge. Aux sommets des chefs d’Etat et de gouvernement, la Communauté française siège à la lettre « C », et l’Etat belge à la lettre « B ». Ce statut est exceptionnel et les provinces canadiennes l’envient. Mais que survienne le démembrement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il ne faudra pas attendre des instances de la Francophonie qu’elles accordent le même statut à la Wallonie et à la Commission communautaire française. Le choix sera tout tracé : retour de toutes les compétences à la représentation de l’autorité fédérale.

Dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, les Wallons sont chez eux

Non seulement les Wallons détiennent la majorité de contrôle au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais l’autonomie constitutive permet une composition du gouvernement qui reflète et associe les sensibilités régionales.
Comme Daniel Ducarme et Didier Reynders (dans sa période « communautariste ») le préconisaient, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles peut être composé de tous les ministres francophones des deux Régions.

L’avis des experts et des politiques

Les arguments rationnels visant à contrer les tendances régionalistes ont émané des économistes comme des juristes. Faute de place on ne mentionnera ici que les conclusions de feu le Pr. Deschamps, de l’Université de Namur, économiste reconnu, de l’économiste Jean-François Thisse, des constitutionnalistes Francis Delperée et Hugues Dumont et de bien d’autres.
Du côté des politiques, on rappellera la réaction de Joëlle Milquet, alors ministre de l’Enseignement, aux sorties régionalistes des députés wallons du MR, et pour qui la scission de la Fédération Wallonie-Bruxelles était « un suicide de l’unité francophone et un cadeau dangereux à la N-VA »

(2). On observera avec attention l’attitude du CDH devant les prurits régionalistes de son nouvel allié au sein de l’attelage gouvernemental wallon.

Culture : les acteurs du terrain s’expriment

C’est parce qu’ils étaient conscients des dangers pour les politiques culturelles que des acteurs du terrain ont signé il y a juste un an dans La Libre une carte blanche mettant le monde politique en garde contre les tentatives de division (voir l’encadré reproduit dans notre revue). Ils ont été rejoints dans cette démarche par des représentants attitrés du monde de l’enseignement.

Préparer 2019

Si l’on veut prendre le temps de réfléchir un instant, on constate que ce qui unit les Wallons et les Bruxellois est plus important que ce qui les distingue ; et que ce qui les distingue n’est pas nécessairement lié à l’appartenance à l’une ou l’autre Région. Entre les villages de la province du Luxembourg, le Brabant wallon et les grandes villes industrielles, quelles sont les spécificités à ce point essentielles qu’il faille exiger des diplômes différents, scinder la RTBF ou instaurer des aides aux écrivains sur d’autres critères que pour les Bruxellois ?
Mais il faut aller au-delà de ce constat portant sur les seules compétences actuelles de la Communauté française. Il faut anticiper le nouveau dialogue communautaire qui s’annonce à partir de 2019. Face à l’Etat flamand en gestation, les francophones ne peuvent avoir comme projet de se disperser en un « archipel » d’entités d’opérette.

Nous terminons cet éditorial par un extrait du Manifeste que la Ligue publiait il y a trois ans :

« Tout impose de maintenir une solidarité étroite entre Bruxelles et la Wallonie, qui traduit la convergence de leurs intérêts et leur communauté de destin.

Solidarité politique : seule l’union des Bruxellois et des Wallons peut leur permettre de traiter sur pied d’égalité avec la Flandre.

Solidarité culturelle : parce qu’ils ont en partage la langue et la culture françaises.

Solidarité économique et financière : Bruxelles est un centre d’activités scientifiques, économiques et de formation et une vitrine internationale pour la Wallonie. La Wallonie développe des pôles de compétitivité de niveau mondial et dispose d’un patrimoine culturel, naturel et touristique unanimement reconnu. Cette solidarité s’impose dans tous les scénarios du futur.  »

Charles-Etienne Lagasse

1  La Libre Belgique, 9 septembre 2016

2  http : //milquet.cfwb.be/gw_presse

Commentaires fermés sur Editorial, Wallonie-Bruxelles : ma patrie

Editorial. Prendre ses désirs pour des réalités / n’a jamais rien arrangé.

Revenons une décennie en arrière, en 2007, le 24 mars pour être plus précis. Le journal Le Soir titrait : « Le face-à-face Nord- Sud, Belgique encore ! 98 % de franco- phones et 93 % de Flamands souhaitent le maintien de la Belgique ». Le contenu des articles écrits en partenariat avec des jour- nalistes du Standaard se révélait être tout aussi lénifi ant. Etonnant de la part de journa- listes de cet hebdomadaire dont la première page était, jusqu’il y a peu, décorée des lettres A.V.V.K., abréviation de l’expression nordiste « Tout pour la Flandre, la Flandre pour le Christ ». C’était ainsi que démarrait un matraquage qui devait durer pas moins de quatre semaines durant lesquelles ces grands quotidiens nous donnèrent les résul- tats d’une enquête commune. N’insistons pas sur le contenu de celle-ci. Nous ne sommes pas à même de vérifi er les aspects scientifi ques de cette démarche sociologique. Ce qui, en revanche, ne peut être nié, c’est que cette campagne du Soir suivait les cinq résolutions du Parlement fl amand pour une réforme de l’Etat votées en mars 2003 et précédait la plus longue crise politique non seulement de l’histoire belge mais aussi européenne, celle des années 2010/2011 ; elle avait, on s’en rappelle tous, duré pas moins de… 541 jours. Elle devait se clôturer par la sixième réforme de l’État, un pas supplémentaire vers le démantèle- ment de l’Etat belge. Il était dès lors évident que les Flamands souhaitaient le maintien de la Belgique mais à leurs conditions et à leur service. Et surtout, un État de moins en moins solidaire, voire plus du tout ! La leçon aurait dû porter, mais non ! Malheureusement, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, nous dit le proverbe. Mme Béatrice Delvaux devait récidiver dans son journal le 16 mars 2017. Dans un éditorial (heureusement écarté de la pre- mière page du quotidien), elle nous assénait que la fracture belge restait identitaire, mais plus entre francophones et fl amands ! Nombreux ont dû être les lecteurs à avoir bu leur café de travers en lisant leur gazette au petit déjeuner. A en croire l’éditorialiste en chef du Soir, la paix communautaire devrait régner sur l’ensemble du territoire belge. On est pourtant loin du compte. La démocratie ne règne toujours pas dans la commune à facilités qu’est Linkebeek. Liesbeth Homans, la ministre de l’Intérieur de la Région fl amande, refuse toujours de nom- mer un bourgmestre dans cette commune. Notre ami Wallon vigilant en parle dans les colonnes de ce journal. Bart De Wever – qu’il n’est plus utile de présenter si ce n’est pour rappeler que c’est l’homme politique le plus puissant de Flandre – s’est fendu d’un nouvel ouvrage reprenant ses idées en matière institutionnelle. Son objectif est dans un premier temps d’uti- liser la place prépondérante de la Flandre au niveau du gouvernement fédéral pour mener une politique socio-économique qui poussera les partis francophones à quémander une nouvelle réforme de l’Etat. En d’autres mots, il veut les inciter à venir lui manger dans la main. Si, après cela, Mme Delvaux ne voit plus de fracture nord/sud, qu’est-ce qui pour- rait lui ouvrir les yeux ? Apparemment pas davantage la tribune offerte dans son jour- nal à Johan Van den Driessche, le chef de groupe N-VA au Parlement bruxellois, le jour de la fête de l’Iris. Celui-ci y prônait, entre autres choses, une scission de la sécurité sociale avec le choix pour chaque Bruxellois de choisir entre le système fl a- mand et le système… wallon ! La région centrale serait de plus cogérée par les deux autres Régions. Dans les discours pro- noncés à l’occasion de cette fête, les sug- gestions de cette personne furent consi- dérées comme une véritable provocation. Charles Picqué, le président du Parlement bruxellois, ne manqua pas d’insister sur le fait qu’un tel programme ne pouvait que susciter la résistance bruxelloise. Le plan de démantèlement du Musée de l’Armée sis sur le site du Cinquantenaire, élaboré par l’ancienne secrétaire d’Etat Elke Sleurs, ne semble pas non plus perturber plus que cela notre chère éditorialiste en chef du Soir. Il n’y aurait, aux dires du ministre N-VA de la Défense, Steven Vandeputte, plus assez de place à Bruxelles pour entre- poser les collections. Iraient-elles alors en Wallonie, la plus grande des trois Régions du pays ? Que nenni, vous voulez rire ou quoi ? ! Selon Patrick Dessy, un représentant syndical de l’armée, le ministre précité pense « à Coxyde pour les avions et à Brasschaat pour les collections d’artilleries ». Au rythme où vont les choses, on pourra bientôt dire adieu à ce joyau muséal.

 

Il n’est pas utile de revenir sur le problème du survol de Bruxelles. Tout a été dit et écrit sur ce sujet. Les Bruxellois sont, dans ce dossier comme dans bien d’autres, les dindons de la farce. Ils sont traités comme les vaches qui broutent l’herbe dans les prés du Brabant flamand. On peut les survoler comme des ruminants ! Aucune ville, aucune capitale au monde n’est, à cet égard, aussi mal traitée. Non, à la lumière de tout ce qui précède – et la liste des exemples donnés est loin d’être exhaustive –, les pro­pos de Béatrice Delvaux sont inacceptables et ne relèvent que de l’incompétence, voire de la mauvaise foi. Bien malin qui sait vers où ce pays va. Il est, en tout état de cause, difficile de lui prédire un avenir radieux. Que cette journaliste le veuille ou non, la fracture identitaire reste non seulement une réalité mais de plus, elle s’aggrave. A Bruxelles comme partout ailleurs, se voiler la face ou prendre ses désirs pour des réalités ne ren­dra la chute que plus difficile à supporter !

Jean-Luc Robert

Commentaires fermés sur Editorial. Prendre ses désirs pour des réalités / n’a jamais rien arrangé.

Activités passées

LA LIGUE FRANCOPHONE ET WALLONNE DE LA REGION DE BRUXELLES

a le plaisir de vous inviter à son assemblée générale annuelle qui se déroulera

le vendredi 16 juin 2017 à 18h30 à la Maison de la Francité

18, rue Joseph II à 1000 Bruxelles (métro Arts-Loi).

Elle sera suivie à 19h30, en présence de son réalisateur, par la projection du film dont l’affiche est reprise ci-dessous. La soirée se clôturera par le verre de l’amitié. Votre famille et vos amis sont cordialement invités.

Dans cet excellent film, son auteur nous montre, avec humour et conviction, la tendance absurde qu’ont certains Canadiens et Français à délaisser la langue française et à recourir à l’anglais, même quand cela ne présente aucune utilité.

Des interlocuteurs de marque dont Bernard Pivot et Jean-Pierre Raffarin commentent cette anglicisation du paysage francophone.

Plusieurs questions émergent à la suite des propos recueillis dans ce documentaire. A quoi mène cette progression de l’anglais dans le monde ? N’est-ce pas nocif pour la diversité linguistique, foyer de la pensée, de la culture et du progrès humain ? N’assiste-t-on à un appauvrissement de la pensée et des sociétés en privilé­giant une seule langue ? Ne se dirige-t-on vers la pensée unique, véhiculée par l’anglais ? Et quelles sont les valeurs proposées par cette pensée unique ? Réponses seront données à ces questions.

La projection du film est organisée en collaboration avec l’asso­ciation BRUXELLES MULTIPLE ET FRANCOPHONE (B.M.F.) et le CENTRE D’ETUDES JACQUES GEORGIN (C.E.G.).

 

Commentaires fermés sur Activités passées