4M7 – éditorial – mars 2018

Walen Buiten : une crise… mais pas la fin de l’histoire

D’une certaine manière, l’affaire de Louvain était inscrite dans les astres. Le 6 février 1961 déjà, dans les colonnes du quotidien démocrate-chrétien La Cité, le chargé de cours André Goosse signait un article sous le
titre « L’Université catholique de Louvain en péril ».
Malgré ce genre d’avertissement, confirmé par le vote des lois linguistiques de 1962-63, le « Walen Buiten » du printemps 1968 fut un choc humain, universitaire et politique. Il reste dans l’histoire du pays comme une étape d’un mouvement tectonique qui n’est pas encore arrivé à son terme.

Un choc physique…

Un choc humain, je dirais même physique : on a beau prétendre que les affrontements belges se déroulent pacifiquement, le contentieux communautaire a donné quelques exemples de confrontations violentes. Les Fouronnais et les habitants de la périphérie bruxelloise en savent quelque chose. Déjà en 1960, lorsque Jean Duvieusart, ancien Premier ministre, est venu parler à Leuven, il se fit molester et fut blessé. Personnellement, je peux témoigner de la violence des manifestants flamands : dans les rues de Louvain, dans les espaces communs comme les restaurants universitaires, et même des irruptions violentes dans les amphis francophones ; lors d’un cours de droit au Faucon, j’ai vu un de mes voisins tomber le front ensanglanté, frappé d’un tesson de bouteille.
C’était au cours du professeur Paul Devisscher, celui-là même qui, par une série d’articles du 31  décembre 1967 au 2 janvier 1968 dans la très catholique Libre Belgique, avait confirmé la position des autorités de la section francophone de l’UCL : « nous resterons à Louvain ». Ce fut le détonateur d’une explosion qui se préparait
depuis des années, mais que la bourgeoisie catholique francophone n’avait pas vue venir.

Universitaire…

Les étudiants flamands se mirent en grève le 17 janvier, suivis peu après par leurs professeurs et assistants. Au sommet, la division du pouvoir organisateur éclata au grand jour lorsque, le 2  février, l’évêque de Bruges, Mgr De Smedt, se désolidarisa de la déclaration du mandement épiscopal de 1966 sur le maintien de l’UCL
à Louvain et déclara avoir commis une « terrible erreur ». Il sera suivi par les deux autres évêques flamands.
La plupart des étudiants francophones, conditionnés depuis des années par l’unitarisme bêlant de La Libre Belgique, n’avaient réagi à la montée des périls que par le folklore et la dérision (voir l’opération « Hout-Si-Plou »). Et tout à coup, ils découvraient, scandés sous leurs fenêtres, le fameux « Franse ratten, rol uw matten ! » Un monde s’écroulait : une université catholique, vieille de 543 ans, se déchirait selon une ligne de fracture qui traversait toute la communauté universitaire, depuis les évêques jusqu’aux étudiants. Pour beaucoup, cet électrochoc les fit basculer vers les partis communautaires francophones : FDF et Rassemblement wallon.

Et politique

Le gouvernement VDB-De Clercq (sociauxchrétiens – libéraux) s’était construit sur le principe du « communautaire au frigo ». Pourtant, c’est des rangs de la majorité qu’est venue l’estocade, sous la forme de l’interpellation du CVP (1) Jan Verroken, le 6 février. Le lendemain, le Premier ministre Vanden Boeynants remettait sa démission au Roi et ouvrait la porte à une déclaration de révision de la Constitution, à des
élections le 31 mars et à une longue crise qui ne trouverait son issue que le 17 juin.
1968 fut une année de basculement : les partis traditionnels burent la tasse (-15 sièges à la Chambre) ; les formations communautaires se renforcèrent tant du côté francophone – où l’alliance FDF-RW (nouvellement constituée) passa de 5 à 12 sièges – que dans le camp de la Volksunie, qui passa de 20 à 28 sièges. Lucien Outers publiait son brûlot « Le divorce belge ». Quelques mois plus tard, le Parti Social-Chrétien se scindait définitivement.
Mais au-delà de l’épisode électoral, le pays entra dans un processus de révisions constitutionnelles successives qui allaient le transformer en État fédéral. Le 18 février 1970, soit deux ans quasi jour pour jour après le coup de Verroken, le Premier ministre Gaston Eyskens prononçait devant le Parlement au grand complet sa phrase historique : « L’État unitaire, tel que les lois le régissent encore dans ses structures et son fonctionnement, est dépassé par les faits. Les Communautés et les Régions doivent prendre leur place dans les structures rénovées de l’Etat, mieux adaptées aux situations spécifiques du pays ».

Plus rapide que le RER !

Quand la Flandre veut, elle y met le prix et ne s’attarde pas. On trouva donc les milliards nécessaires à la création d’une nouvelle université et même d’une ville nouvelle dans les champs de betteraves du Brabant wallon, d’une ligne de chemin de fer en moins de temps qu’il n’en faut aujourd’hui pour le RER, et d’un campus à Woluwe !
La Flandre put également compter sur une belle compensation : un an plus tard, était décidée la scission de l’ULB et une nouvelle université….

POLITIQUE

… libre flamande, la VUB, reçut la promesse de la Plaine des Manœuvres à Bruxelles.

« Déménageurs » visionnaires

Au sein de l’UCL, alors que, dans leur grande majorité, les autorités académiques campaient sur la position rigide du « je maintiendrai », le secrétaire général de l’Université, Michel Woitrin, et un groupe de professeurs réfléchissaient à un plan B. Dès le début des années ’60, ils avaient compris que le mouvement flamand poursuivrait inéluctablement sur sa lancée et s’étaient mis à prospecter des terrains à WoluweSt-Lambert et autour d’Ottignies. Parmi ces professeurs : Robert Ballieu, Léopold Genicot, le chanoine Leclercq, André Lagasse, Joseph Maisin. Voici ce que répondait André Lagasse en 1966 dans un entretien de La Cité (2) : « La communauté flamande réclame l’homogénéité absolue (…). Refuser de tenir compte de ce fait, c’est s’enfoncer dans l’impasse. (…) Il est plus que temps d’élaborer une politique d’expansion universitaire pour toute la partie francophone du pays si l’on veut éviter que les francophones ne se trouvent en état d’infériorité notamment sur le plan européen. Dans le plan de sauvetage de la Wallonie, notre université a un rôle à jouer ».
Le coup de génie de Michel Woitrin fut d’élargir le concept et de proposer d’édifier toute une nouvelle ville qui soit une « ville nouvelle », et couplée à un parc scientifique, autre idée innovatrice.
Les autorités académiques crossèrent les professeurs visionnaires, que la Libre Belgique, moniteur de l’unitarisme de l’époque, traita ainsi : « mus par une espèce de nationalisme wallon romantique, pour lequel l’université catholique de langue française ne peut se trouver ailleurs que sur le sol wallon » (3).

Quand un monseigneur tance un monseigneur

Les archives conserveront pour l’éternité cette lettre de Mgr Descamps, Recteur de l’UCL, adressée fin octobre 1963 à Mgr Georges Lemaître, sommité mondiale et inventeur du « Big Bang », qui avait apporté son soutien à ceux qu’on désignait par le sobriquet de « déménageurs ». Il lui « exprime (son) mécontentement » et lui demande d’user de son influence pour faire taire les propos du groupe de professeurs « dont NN. SS les Evêques ne veulent absolument pas ». Les libertés d’expression et d’association semblaient oubliées au cœur de l’institution académique…
Mgr Lemaître était président de l’ACAPSUL, Association du personnel académique et scientifique de l’université de Louvain. Cette association s’était signalée dès 1962 par des positions anticipatrices mal vues par le pouvoir organisateur de l’université. En mai 1966, par une sorte de coup d’Etat interne à cette association, les « déménageurs » furent débarqués.
Plus tard, lorsque Mgr Desmedt prendra ses distances par rapport à ses coreligionnaires francophones, le scénario sera tout autre.

Une ville nouvelle qui rayonne

Le blessé n’est pas mort dans l’ambulance et le traumatisme a été transformé en succès. Le déménagement fut un exploit sur le plan logistique, et Louvain-la-Neuve est une réussite en termes d’innovation urbanistique et surtout un foyer pédagogique et scientifique de niveau mondial. Le parc scientifique en fait un pôle moteur dans le développement de la Wallonie, agglutinant jeunes pousses locales et investisseurs étrangers.

Une étape du mouvement flamand

Les médias d’aujourd’hui ont beau nous présenter le divorce comme une belle histoire de réconciliations, la réalité est que l’expulsion des francophones de Louvain a constitué une étape parmi d’autres de l’irrésistible conquête de l’État belge par la communauté flamande.
Les facilités ont beau avoir été « bétonnées », et le gouvernement Michel a beau prétendre qu’il a évacué le communautaire, revoici, exactement comme il y a 50 ans, l’initiative d’un franctireur, protégé par ses arrières, qui propose la suppression des facilités à Renaix. Les droits de l’homme ne sont plus protégés pour les francophones de la périphérie et en Flandre. La francisation ininterrompue de Bruxelles est niée de toutes les manières et tout récemment encore, en comptabilisant Flamands et francophones sur base des inscriptions dans les écoles, alors qu’on sait que nombre de parents francophones inscrivent leurs enfants dans les écoles flamandes. Les attaques contre la langue française à Bruxelles prennent le visage d’une anglomanie agressive des services publics.
La morale de cette histoire est qu’à l’exception de certains précurseurs visionnaires, les francophones – société civile comme partis politiques – ont avancé et continuent à avancer à reculons. Le rôle des décideurs est d’anticiper les événements, d’éclairer la population sur les choix nécessaires, y compris les moins populaires. Mais ce propos est-il audible aujourd’hui ?

 

 

Charles-Etienne Lagasse

Administrateur de la Ligue

(1)  Christelijke Volks Partij, aile flamande du Parti Social-chrétien.

(2)  La Cité 12.5.1966

(3)  La Libre Belgique, 13.4.1966.

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4M7 – éditorial – déc 2017

 

Éditorial

 

Fin du franglais de mode ou début de l’anglais en lieu et place du français ?
Maria Teresa Zanola, professeure de linguistique française à Milan, dans une étude intitulée « La fin du français », relève que « parler français ou franglais est souvent la marque d’un choix culturel de la part du locuteur ». Ainsi, selon elle, on parle franglais par besoin d’être à la mode, d’être « branché », voire de se positionner comme interlocuteur sérieux dans certains milieux : l’entreprise, le monde de l’audiovisuel, voire même des cercles académiques…

 

Pour les locuteurs utilisant le français dans leur vie quotidienne, s’exprimer en franglais revient aussi à se soumettre à une langue et à une culture au sens large que l’on croit supérieure à la sienne, c’est-à-dire plus « moderne », plus « effi cace », plus « à la page » ou plus « jeune ».

 

À l’issue de l’Assemblée générale annuelle de notre Ligue, nous avons eu l’occasion de voir un excellent film documentaire coréalisé par Jean-Pierre Roy et Michel Breton, à savoir « La Langue à terre ». Ce film évoque l’anglicisation de Montréal, du Québec en général et, d’une certaine manière, même de la France.
Le constat vaut également pour Bruxelles – la Ville comme la Région –, voire pour la Wallonie. L’envahissement de l’anglais dans les espaces publicitaires de toutes natures (annonces lumineuses, vitrines de magasins ou de banques, prospectus…) donne l’impression que la langue française, à Bruxelles, ne serait plus vraiment utile pour vendre, dans les contacts sociaux et même dans la recherche de travail – celleci y exigeant en outre une connaissance toujours plus exigeante du néerlandais pour les francophones.
L’été 2015, si vous débarquiez du Thalys à la gare du Midi en provenance de Paris, la seule publicité pour la Région de BruxellesCapitale qui apparaissait à la descente des escaliers roulants était « Brussels, a whole region to discover ».

 

Par ailleurs, nous avons le seul aéroport national – pardon, Brussels Airport ! – au monde qui privilégie, dans ses murs, la seule langue anglaise, à tous les niveaux, hormis quelques « Sortie – Uitgang – Ausgang » et autres indications utilitaires. Ne serait-il pas utile et normal qu’y fi gurent en outre le français, le néerlandais, voire même l’allemand qui est quand même notre troisième langue nationale ? Même le dépliant sur la découverte des entreprises en Brabant wallon a pour titre « Le top des entreprises du BW : des opportunités et des challenges ». Défi s est-il désormais un terme désuet en Brabant wallon, au profi t d’un « challenge » mis à toutes les sauces ?
Une entreprise comme Caméléon, installée à Woluwe-Saint-Lambert et à Genval, édite son catalogue publicitaire exclusivement en anglais (la mode du franglais…) avec des sous-titres comme « Selected Labels / Reduced Prices / Members only », mais aussi « Women’s week », « It’s nice to see you again », etc. De même, que de vitrines de magasins à Bruxelles, dans le haut comme le bas de la Ville, ornées de « Sales », « Midseason sale » et, depuis peu, de « Black shopping week ». Ou encore, pour des locations d’appartements, de magasins ou d’immeubles, des « To rent » à profusion…

 

Le pire pour les francophones fiers de leur langue, sans a priori contre l’anglais de la Grande-Bretagne, est la vraie trahison des Institutions francophones, voire de la Région de Bruxelles qui, elle, pourrait se prévaloir d’un bilinguisme français-néerlandais et d’un ajout en allemand et en anglais – à l’instar de la situation sans complexe qui existe en Suisse romande…

 

Les raisons de se révolter sont multiples : « Free shopping bus » (initiative de la Ville de Bruxelles), « Brussels smart city » (avec les « hotspot WIFI » plutôt que des zones d’accès WIFI), « Learning solutions » (dans le cadre du projet « Fiber to the school », lequel vise à équiper à terme 168 écoles secondaires à Bruxelles d’une connexion Internet à large bande), « Information Security Management » (au lieu de fournisseur d’accès Internet…) ou encore l’idée d’appeler le prochain complexe Monnaie « The Mint », cela après que le Palais des Congrès soit déjà devenu « The Square ». Mentionnons encore la carte de la Ville de Bruxelles qui est devenue « My Brussels Map » ou, en franglais, « Brussels à la carte », l’unique site Internet mentionné s’intitulant www.visit.brussels tandis que les publicités relatives aux musées du Cinquantenaire, des Instruments de musique et de la Porte de Hal parlent d’un « A world of stories » …

 

La Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas en reste : travaillant pour les trois entités francophones fédérées, elle a comme slogan sur son site Internet, ainsi que dans tout son matériel de communication et jusqu’à son papier à lettre, un très francophone… « Feel inspired » !
À la RTBF – avec ’F’comme francophone ! –, on ne cesse pas d’évoquer les « Call centers », « Replay » et « challenges », la seule émission destinée à découvrir de nouveaux talents dans la chanson populaire s’appelant en outre, comme en France, « The Voice ».

 

Même dérive au plan universitaire : « Summer university Brussels » (cours d’été de l’ULB qui, en outre, a débaptisé la faculté de commerce Solvay en « Solvay Brussels School / Economies & Management », dotée d’un dépliant « Solvay Executive Education – Career Development for Professionals » exclusivement rédigé en anglais.
Avec le niveau fédéral, la coupe est définitivement pleine. On ne compte plus les « Tax-on-Web », « Mypension », « B-post », « Tee it easy », « Energizing the city » (slogan d’un fournisseur de gaz), « Go for zero »
(l’un des slogans de la campagne de sécurité routière). Avec, cerise sur le gâteau, la « Court of the Future », dernière des idées géniales du ministre de la Justice, M. Geens, qui, le 25 octobre dernier, a promis « une justice plus accessible, plus prompte et ainsi plus équitable » dans un texte de 107 pages truffé d’anglicismes et de notions propres aux entreprises privées : « Juston-web », « input/output », « Central office », « Front office », « Back office », « Master plan » relatif aux bâtiments judiciaires en vue de leur sécurisation, « stakeholders » (censés faciliter les contacts), etc.

 

Après ce long exposé, l’auteur de ces lignes a envie de faire ASAP un brief sur les process développés ci-avant dans l’open space de son bureau en relevant qu’en entreprise, les mots de la langue de Molière qui sont maintenus laissent souvent entendre un appétit pour les pauses, les déjeuners, le café, les pots de départ… Ce qui ramène donc aussi à la conception du travail et, au-delà, à une vision du monde…
Comment inverser le processus ? À la Ligue, nous aimons beaucoup l’idée de Claude Hadège (Dictionnaire amoureux des langues) selon laquelle « imposer sa langue est imposer sa pensée ».

 

Jacques Bourgaux CEO…
pardon, simple administrateur de la Ligue

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Editorial, Wallonie-Bruxelles : ma patrie

 

En appelant le 19 juin dernier à constituer des gouvernements sans les socialistes, Benoît Lutgen n’avait sans doute pas réfléchi aux risques institutionnels de sa manœuvre, et au cadeau qu’il faisait aux adversaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles tant en Wallonie qu’à Bruxelles, mais aussi en Flandre.
Les développements de la crise qui s’en est suivie mettent à l’épreuve la solidarité entre Wallons et Bruxellois et risquent sacrifier leur communauté de destin à moins de deux ans d’un tournant dangereux dans l’histoire de notre pays. En effet, la constitution de majorités différentes dans les deux Régions risque de donner du combustible aux tenants d’une disparition de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et le projet de suppression des provinces pourrait agir de même, compte tenu de la nécessité de recycler les compétences provinciales en matières culturelles et d’enseignement.

Un discours essentiellement socialiste et wallon…

Le dénigrement de la Communauté française, rebaptisée Fédération WallonieBruxelles, n’est pas une nouveauté. C’est traditionnellement dans les rangs socialistes wallons que les voix ont été les plus nombreuses et les plus vibrantes en ce sens. Sans remonter aux grandes grèves de l’hiver 60 et aux Manifestes pour la culture wallonne, on rappellera les sorties plus récentes de Jean-Claude Marcourt, alors ministre à la Région wallonne et à la Communauté française, qui affirmait en 2012 qu’il fallait « déconstruire la « Fédération Wallonie-Bruxelles » Il était suivi dans ce discours par des parlementaires (Christophe Collignon, Pierre-Yves Dermagne et Nicolas Martin), par le secrétaire général de la FGTB wallonne, Thierry Bodson, et bien sûr, par ce grand régionaliste sous l’éternel qu’est Jean-Claude Van Cauwenberghe. … traditionnellement contesté par les libéraux.

Les libéraux, en revanche, ont adopté longtemps des positions « communautaristes ». Un grand stratège, bien au fait du rapport des forces dans l’Etat belge, Jean Gol, avait bien compris que face aux 6 millions de Flamands, les Francophones ne pouvaient se permettre de négocier en ordre dispersé. Il alla même jusqu’à évoquer la « Nation francophone ».
A sa suite, le parti libéral, sous ses successifs avatars, réaffirma à plus d’une reprise son scénario d’une Communauté française forte et unie.
En 1986, Louis Michel et Serge Kubla déposèrent au Conseil régional wallon une proposition de décret visant à « fusionner » Région wallonne et Communauté française, en énumérant tous les avantages de cette simplifi cation politique, administrative et budgétaire. En 2006 et en 2007, Didier Reynders, président du MR, préconisa lui aussi la superposition Région wallonne/Communauté française comme un moyen de simplifier les institutions et de susciter des économies d’échelle. L’idée se heurta au véto socialiste. En novembre 2007, suite au coup de force flamand au Parlement sur la scission de BHV, Daniel Ducarme préconisa la création d’une « Belgique française » unissant Bruxelles et Wallonie.
Toutefois, au MR, le vent semble tourner, à l’image des positions de ce parti envers la NVA. Fin 2015, on s’est surpris à entendre Didier Reynders rompre une lance en faveur d’une approche régionaliste. Mais c’est surtout du MR wallon que sont venus les plaidoyers les plus appuyés en faveur du déshabillage de la Communauté française. Après avoir annoncé, début juillet 2016, le schéma d’une Belgique à 4 régions, ce parti a fait une légère marche arrière, tout en ne citant même pas la Fédération Wallonie Bruxelles. Jean-Luc Crucke, un porte-parole du courant régionaliste, expliquait dans La Libre que ce n’était que partie remise et que, d’ailleurs, le schéma des 4 Régions proposé par le MR était « ce qui sied le mieux à nos alliés flamands ».

Vous avez dit « Communauté Wallonie-Bruxelles » ?

Malgré nombre d’éléments partagés en commun, personne ne nie les identités spécifiques des deux Régions.
C’est d’ailleurs le FDF qui fut le premier à proposer de rebaptiser la Communauté française en « Wallonie-Bruxelles » : dès septembre 1981, le sénateur André Lagasse déposait au Conseil de la Communauté française une proposition de décret intitulée « Proposition de décret portant constitution des Régions au sein de la Communauté Wallonie-Bruxelles ». Le 1er article stipulait :
« La Communauté Wallonie-Bruxelles se compose de deux Régions : la Wallonie et Bruxelles ». Mais aucune majorité ne se dégagea au Conseil pour voter cette proposition.

Le socle et les fantasmes

Le consensus majoritaire considère que les Wallons non germanophones et les Bruxellois partagent un patrimoine commun, qui s’illustre par un socle de trois compétences majeures exercées de concert au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles : la culture, l’enseignement et l’audiovisuel. Et c’est ce socle que certains, principalement en Wallonie, mais aussi, minoritairement à Bruxelles, voudraient dynamiter au nom de mobiles qui ressortissent davantage du fantasme que de l’analyse rationnelle, voire historique ou politique.
Passons en revue les principaux de ces fantasmes.

« Bruxelles a décidé »

Malgré une présence wallonne historique et significative à Bruxelles, de nombreux Wallons de toutes orientations politiques ont nourri et continuent à nourrir envers Bruxelles un sentiment de circonspection, voire d’allergie qui n’est pas sans rappeler celui de nombreux citoyens des pays de l’Union européenne envers « Bruxelles », entendue au sens d’un lieu de pouvoir lointain et bureaucratique. Il fut même des époques où aucun Bruxellois ne figurait dans le gouvernement belge et où les décisions étaient prises exclusivement par des ministres flamands et wallons, navetteurs quotidiens, mais imputées à « Bruxelles », origine de tous les maux. Les Bruxellois ont aussi été accusés de conservatisme unitariste, et d’être par ailleurs méprisants envers les Wallons.

Les faits contredisent cette lubie.

La Fédération Wallonie-Bruxelles dispose d’un Parlement composé de 75 élus wallons et de 19 élus bruxellois, soit un rapport de 80/20. En d’autres termes, les Wallons sont largement dominants et l’on comprend mal qu’ils se sentent mal servis par cette institution.

Passons en revue l’origine des ministres qui ont eu la culture et l’enseignement dans leurs attributions.

Depuis la création des « ministères de la Culture », de 1958 à 2017, sur les 27 titulaires du poste, 9 ont été bruxellois. Quant au poste de ministre de l’Education, depuis 1968, date de la séparation de fonctions autonomes par Communauté, 25 Wallons l’occupèrent, pour seulement 2 Bruxellois !
Quant au sentiment prétendument unitariste des Bruxellois, on rappellera que le FDF, porté sur les fonts baptismaux par les 4 mouvements wallons, devint rapidement le principal parti bruxellois, et fut le premier à défendre à Bruxelles le schéma fédéral. S’il n’occupe plus la première place aujourd’hui, ses principaux concurrents sont devenus fédéralistes.
On ajoutera que Bruxelles est la ville au monde qui compte le plus grand nombre de Wallons d’origine ; une osmose naturelle existe, renforcée par le courant permanent de Bruxellois qui choisissent de s’installer en Wallonie.

Bruxelles, porte ouverte sur l’Europe et le monde

Les Flamands ont bien compris l’importance de Bruxelles comme vitrine et porte d’accès à l’Europe et au monde. De leur côté, les Francophones avaient toutes les raisons du monde pour faire de Bruxelles la capitale de la Communauté française. Les 3 millions et demi de Wallons ont ainsi un accès au monde que beaucoup de régions européennes leur envient, tout en tâchant d’y ouvrir des représentations.
Vraiment, l’intérêt de la Wallonie n’est pas de se recroqueviller sur elle-même, sorte de Mongolie extérieure, coincée entre le monde français et le monde germanique.

La Fédération Wallonie-Bruxelles, accès royal à la Francophonie

Songeons également à la scène internationale : depuis 1987, la Francophonie a accordé à la Fédération Wallonie-Bruxelles un statut à part entière, distinct de l’Etat belge. Aux sommets des chefs d’Etat et de gouvernement, la Communauté française siège à la lettre « C », et l’Etat belge à la lettre « B ». Ce statut est exceptionnel et les provinces canadiennes l’envient. Mais que survienne le démembrement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il ne faudra pas attendre des instances de la Francophonie qu’elles accordent le même statut à la Wallonie et à la Commission communautaire française. Le choix sera tout tracé : retour de toutes les compétences à la représentation de l’autorité fédérale.

Dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, les Wallons sont chez eux

Non seulement les Wallons détiennent la majorité de contrôle au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais l’autonomie constitutive permet une composition du gouvernement qui reflète et associe les sensibilités régionales.
Comme Daniel Ducarme et Didier Reynders (dans sa période « communautariste ») le préconisaient, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles peut être composé de tous les ministres francophones des deux Régions.

L’avis des experts et des politiques

Les arguments rationnels visant à contrer les tendances régionalistes ont émané des économistes comme des juristes. Faute de place on ne mentionnera ici que les conclusions de feu le Pr. Deschamps, de l’Université de Namur, économiste reconnu, de l’économiste Jean-François Thisse, des constitutionnalistes Francis Delperée et Hugues Dumont et de bien d’autres.
Du côté des politiques, on rappellera la réaction de Joëlle Milquet, alors ministre de l’Enseignement, aux sorties régionalistes des députés wallons du MR, et pour qui la scission de la Fédération Wallonie-Bruxelles était « un suicide de l’unité francophone et un cadeau dangereux à la N-VA »

(2). On observera avec attention l’attitude du CDH devant les prurits régionalistes de son nouvel allié au sein de l’attelage gouvernemental wallon.

Culture : les acteurs du terrain s’expriment

C’est parce qu’ils étaient conscients des dangers pour les politiques culturelles que des acteurs du terrain ont signé il y a juste un an dans La Libre une carte blanche mettant le monde politique en garde contre les tentatives de division (voir l’encadré reproduit dans notre revue). Ils ont été rejoints dans cette démarche par des représentants attitrés du monde de l’enseignement.

Préparer 2019

Si l’on veut prendre le temps de réfléchir un instant, on constate que ce qui unit les Wallons et les Bruxellois est plus important que ce qui les distingue ; et que ce qui les distingue n’est pas nécessairement lié à l’appartenance à l’une ou l’autre Région. Entre les villages de la province du Luxembourg, le Brabant wallon et les grandes villes industrielles, quelles sont les spécificités à ce point essentielles qu’il faille exiger des diplômes différents, scinder la RTBF ou instaurer des aides aux écrivains sur d’autres critères que pour les Bruxellois ?
Mais il faut aller au-delà de ce constat portant sur les seules compétences actuelles de la Communauté française. Il faut anticiper le nouveau dialogue communautaire qui s’annonce à partir de 2019. Face à l’Etat flamand en gestation, les francophones ne peuvent avoir comme projet de se disperser en un « archipel » d’entités d’opérette.

Nous terminons cet éditorial par un extrait du Manifeste que la Ligue publiait il y a trois ans :

« Tout impose de maintenir une solidarité étroite entre Bruxelles et la Wallonie, qui traduit la convergence de leurs intérêts et leur communauté de destin.

Solidarité politique : seule l’union des Bruxellois et des Wallons peut leur permettre de traiter sur pied d’égalité avec la Flandre.

Solidarité culturelle : parce qu’ils ont en partage la langue et la culture françaises.

Solidarité économique et financière : Bruxelles est un centre d’activités scientifiques, économiques et de formation et une vitrine internationale pour la Wallonie. La Wallonie développe des pôles de compétitivité de niveau mondial et dispose d’un patrimoine culturel, naturel et touristique unanimement reconnu. Cette solidarité s’impose dans tous les scénarios du futur.  »

Charles-Etienne Lagasse

1  La Libre Belgique, 9 septembre 2016

2  http : //milquet.cfwb.be/gw_presse

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Editorial. Prendre ses désirs pour des réalités / n’a jamais rien arrangé.

Revenons une décennie en arrière, en 2007, le 24 mars pour être plus précis. Le journal Le Soir titrait : « Le face-à-face Nord- Sud, Belgique encore ! 98 % de franco- phones et 93 % de Flamands souhaitent le maintien de la Belgique ». Le contenu des articles écrits en partenariat avec des jour- nalistes du Standaard se révélait être tout aussi lénifi ant. Etonnant de la part de journa- listes de cet hebdomadaire dont la première page était, jusqu’il y a peu, décorée des lettres A.V.V.K., abréviation de l’expression nordiste « Tout pour la Flandre, la Flandre pour le Christ ». C’était ainsi que démarrait un matraquage qui devait durer pas moins de quatre semaines durant lesquelles ces grands quotidiens nous donnèrent les résul- tats d’une enquête commune. N’insistons pas sur le contenu de celle-ci. Nous ne sommes pas à même de vérifi er les aspects scientifi ques de cette démarche sociologique. Ce qui, en revanche, ne peut être nié, c’est que cette campagne du Soir suivait les cinq résolutions du Parlement fl amand pour une réforme de l’Etat votées en mars 2003 et précédait la plus longue crise politique non seulement de l’histoire belge mais aussi européenne, celle des années 2010/2011 ; elle avait, on s’en rappelle tous, duré pas moins de… 541 jours. Elle devait se clôturer par la sixième réforme de l’État, un pas supplémentaire vers le démantèle- ment de l’Etat belge. Il était dès lors évident que les Flamands souhaitaient le maintien de la Belgique mais à leurs conditions et à leur service. Et surtout, un État de moins en moins solidaire, voire plus du tout ! La leçon aurait dû porter, mais non ! Malheureusement, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, nous dit le proverbe. Mme Béatrice Delvaux devait récidiver dans son journal le 16 mars 2017. Dans un éditorial (heureusement écarté de la pre- mière page du quotidien), elle nous assénait que la fracture belge restait identitaire, mais plus entre francophones et fl amands ! Nombreux ont dû être les lecteurs à avoir bu leur café de travers en lisant leur gazette au petit déjeuner. A en croire l’éditorialiste en chef du Soir, la paix communautaire devrait régner sur l’ensemble du territoire belge. On est pourtant loin du compte. La démocratie ne règne toujours pas dans la commune à facilités qu’est Linkebeek. Liesbeth Homans, la ministre de l’Intérieur de la Région fl amande, refuse toujours de nom- mer un bourgmestre dans cette commune. Notre ami Wallon vigilant en parle dans les colonnes de ce journal. Bart De Wever – qu’il n’est plus utile de présenter si ce n’est pour rappeler que c’est l’homme politique le plus puissant de Flandre – s’est fendu d’un nouvel ouvrage reprenant ses idées en matière institutionnelle. Son objectif est dans un premier temps d’uti- liser la place prépondérante de la Flandre au niveau du gouvernement fédéral pour mener une politique socio-économique qui poussera les partis francophones à quémander une nouvelle réforme de l’Etat. En d’autres mots, il veut les inciter à venir lui manger dans la main. Si, après cela, Mme Delvaux ne voit plus de fracture nord/sud, qu’est-ce qui pour- rait lui ouvrir les yeux ? Apparemment pas davantage la tribune offerte dans son jour- nal à Johan Van den Driessche, le chef de groupe N-VA au Parlement bruxellois, le jour de la fête de l’Iris. Celui-ci y prônait, entre autres choses, une scission de la sécurité sociale avec le choix pour chaque Bruxellois de choisir entre le système fl a- mand et le système… wallon ! La région centrale serait de plus cogérée par les deux autres Régions. Dans les discours pro- noncés à l’occasion de cette fête, les sug- gestions de cette personne furent consi- dérées comme une véritable provocation. Charles Picqué, le président du Parlement bruxellois, ne manqua pas d’insister sur le fait qu’un tel programme ne pouvait que susciter la résistance bruxelloise. Le plan de démantèlement du Musée de l’Armée sis sur le site du Cinquantenaire, élaboré par l’ancienne secrétaire d’Etat Elke Sleurs, ne semble pas non plus perturber plus que cela notre chère éditorialiste en chef du Soir. Il n’y aurait, aux dires du ministre N-VA de la Défense, Steven Vandeputte, plus assez de place à Bruxelles pour entre- poser les collections. Iraient-elles alors en Wallonie, la plus grande des trois Régions du pays ? Que nenni, vous voulez rire ou quoi ? ! Selon Patrick Dessy, un représentant syndical de l’armée, le ministre précité pense « à Coxyde pour les avions et à Brasschaat pour les collections d’artilleries ». Au rythme où vont les choses, on pourra bientôt dire adieu à ce joyau muséal.

 

Il n’est pas utile de revenir sur le problème du survol de Bruxelles. Tout a été dit et écrit sur ce sujet. Les Bruxellois sont, dans ce dossier comme dans bien d’autres, les dindons de la farce. Ils sont traités comme les vaches qui broutent l’herbe dans les prés du Brabant flamand. On peut les survoler comme des ruminants ! Aucune ville, aucune capitale au monde n’est, à cet égard, aussi mal traitée. Non, à la lumière de tout ce qui précède – et la liste des exemples donnés est loin d’être exhaustive –, les pro­pos de Béatrice Delvaux sont inacceptables et ne relèvent que de l’incompétence, voire de la mauvaise foi. Bien malin qui sait vers où ce pays va. Il est, en tout état de cause, difficile de lui prédire un avenir radieux. Que cette journaliste le veuille ou non, la fracture identitaire reste non seulement une réalité mais de plus, elle s’aggrave. A Bruxelles comme partout ailleurs, se voiler la face ou prendre ses désirs pour des réalités ne ren­dra la chute que plus difficile à supporter !

Jean-Luc Robert

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Activités passées

LA LIGUE FRANCOPHONE ET WALLONNE DE LA REGION DE BRUXELLES

a le plaisir de vous inviter à son assemblée générale annuelle qui se déroulera

le vendredi 16 juin 2017 à 18h30 à la Maison de la Francité

18, rue Joseph II à 1000 Bruxelles (métro Arts-Loi).

Elle sera suivie à 19h30, en présence de son réalisateur, par la projection du film dont l’affiche est reprise ci-dessous. La soirée se clôturera par le verre de l’amitié. Votre famille et vos amis sont cordialement invités.

Dans cet excellent film, son auteur nous montre, avec humour et conviction, la tendance absurde qu’ont certains Canadiens et Français à délaisser la langue française et à recourir à l’anglais, même quand cela ne présente aucune utilité.

Des interlocuteurs de marque dont Bernard Pivot et Jean-Pierre Raffarin commentent cette anglicisation du paysage francophone.

Plusieurs questions émergent à la suite des propos recueillis dans ce documentaire. A quoi mène cette progression de l’anglais dans le monde ? N’est-ce pas nocif pour la diversité linguistique, foyer de la pensée, de la culture et du progrès humain ? N’assiste-t-on à un appauvrissement de la pensée et des sociétés en privilé­giant une seule langue ? Ne se dirige-t-on vers la pensée unique, véhiculée par l’anglais ? Et quelles sont les valeurs proposées par cette pensée unique ? Réponses seront données à ces questions.

La projection du film est organisée en collaboration avec l’asso­ciation BRUXELLES MULTIPLE ET FRANCOPHONE (B.M.F.) et le CENTRE D’ETUDES JACQUES GEORGIN (C.E.G.).

 

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Editorial. Traiter les Wallons de « mafieux » est inacceptable

Les deux mots les plus utilisés par les journaux sont deux noms propres : « Trump » et « Publifin ». On nous les sert à toutes les sauces et cela en devient presque lassant. Que le nouveau président des Etats-Unis soit un type dangereux et que ses premières décisions soient à ce point idiotes qu’elles en dépassent l’entendement, ce n’est pas nous qui dirons le contraire.

L’intercommunale liégeoise qui a permis de rémunérer quantité de responsables politiques de presque tous les partis sans prestations aucunes est l’exemple type de la mauvaise gouvernance qu’il importe d’éradiquer dans les plus brefs délais. Un grand quotidien francophone s’est permis de demander l’analyse d’un politologue, François Gemenne pour ne pas le citer, sur la gestion de Publifin. Le point de vue de ce ‘spécialiste’ des flux migratoires liés aux changements climatiques peut se résumer comme suit : il s’agirait de l’action d’une bande de mafieux et en disant cela, il ris­querait sa vie ! Tenant à sa vie, il n’aurait, soi-disant, pas avantage à se promener à pied sur le parking de Cointe…

Trop peu nuancés, de tels propos ne méri­teraient pas d’être relevés si ce n’est que tant la presse flamande que de nombreux hommes politiques du nord du pays n’ont pas manqué de se transformer en caisse de résonance de ce monsieur. Ils n’y sont bien évidemment pas allés avec le dos de la cuillère, comme on dit. Les Wallons et les Francophones sont tous mis dans le même sac et le sud du pays serait ainsi peuplé de mafieux. Ni plus, ni moins ! Certains, se découvrant sans doute une nouvelle voca­tion de généticien, ont même osé soutenir que cela faisait partie de notre ADN.

Est-il nécessaire de rappeler tant aux Flamands qu’à ce politologue mal inspiré, et contre qui plainte a été déposée en justice, que la mafia a pour méthode des comporte­ments délictueux et ce à des fins illégales ? Le cas de Publifin est très différent. On a assisté, en effet, à un estompement de la norme donnant lieu à enrichissements.

Mettre tous les Wallons et tous les Francophones dans le même sac relève de surcroît de l’insulte. C’est, en effet, faire fi et ignorer tout simplement tant les électeurs que leurs élus qui travaillent avec sérieux, vigueur et dans le souci du bien commun.

Il serait utile de rappeler à ces moralisa­teurs pénibles la célèbre réplique d’Argante à Géronte dans les Fourberies de Scapin : « que ceux qui veulent gloser, doivent bien regarder chez eux, s’il n’y a rien qui cloche ». Le groupe Arco, propriété des coopérateurs de l’ACW, le mouvement ouvrier chrétien flamand, est en liquidation depuis 2011 suite à la débâcle de Dexia dont il était un action­naire important. Il ne manque pas moins de 150 millions d’euros pour indemniser les 800.000 coopérateurs. Ceux-ci, qui avaient touchés d’importants dividendes à l’époque des vaches grasses, réclament, par la voix des ministres CD&V, une indemnisation via les caisses de l’État. Alors que tous les partis francophones ont unanimement condamné les pratiques de Publifin, le CD&V a le toupet de faire de l’indemnisation des coopérateurs précités une affaire de gouvernement. Un tel chantage pour satisfaire une partie de ses électeurs est en contradiction totale avec la plus élémentaire notion d’intérêt général !

Dans une autre affaire, si les Wallons et les Bruxellois se sont peu manifestés, les Flamands ne se sont, quant à eux, guère fait entendre. L’ancien chef de cabinet du ministre des Finances Johan Van Overtveldt, Mathieu Isenbaert, a créé avec un ancien collaborateur du même ministre un cabinet d’avocats spécialisé dans le droit fiscal, et notamment dans les pratiques des mul­tinationales qui ont recouru aux « excess profit rulings », un procédé d’évasion fiscale. Ce mécanisme a été considéré comme une aide d’État illégale par la Commission européenne et la Belgique a été sommée de récupérer 700 millions d’euros auprès de ces entreprises.

Nous ne pousserons pas le bou­chon jusqu’à ouvrir à nouveau le dossier Lernout&Hauspie, une société flamande dont le siège se trouvait à Ypres. Il s’agit certainement de la plus grande escroquerie financière connue en Belgique depuis la Deuxième Guerre mondiale. Ce n’est pas le seul exemple, il y en a bien d’autres. Une frontière linguistique n’arrête pas, en effet, la cupidité et les pratiques douteuses. S’il y a tout lieu d’être honteux de l’affaire Publifin, il est cependant indispensable que tant la Région wallonne que la Région bruxelloise prennent des mesures drastiques pour qu’un aussi mauvais feuilleton ne puisse plus faire les gorges chaudes de ceux qui ne nous veulent pas que du bien.

 

A cet égard, si la création d’une commission spéciale au sein du Parlement wallon en vue de faire toute la lumière sur l’intercommunale liégeoise est certes une avancée positive, une commis­sion d’enquête avec les pouvoirs d’un juge d’instruction est nettement préférable. Et on ne peut qu’espérer que ladite commission étende son champ d’action aux autres intercommunales wallonnes.

La bonne gouvernance doit en tout état de cause revenir au centre des préoccupations de nos partis politiques. Il est des pratiques du passé que les citoyens ne tolèrent plus. Les déboires en France des époux Fillon sont là pour nous le rappeler. Le respect des lois est indissociable de la notion de transparence. Alors qu’un récent sondage montrait une désaffection croissante de la population et de la jeunesse en particulier à l’égard de tous les types d’institutions de toutes natures tant publiques que privées, une droiture de l’ensemble des dirigeants est seule à même de rétablir la confiance !

Jean-Luc Robert

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Editorial. Que faut-il retenir de l’aventure belge du CETA ?

 

Alors que l’encre des nombreuses signatures du traité économique et commercial entre l’Union européenne et le Canada, le CETA, est à peine sèche, il n’est pas inutile d’analyser les différentes étapes et péripéties qui ont émaillé les négociations jusqu’à leur conclusion et d’en tirer certaines leçons.

Il importe d’emblée de préciser que CETA est l’acronyme du nom du traité en langue anglaise et qu’en notre qualité de Francophones, nous devrions parler de l’AECG, initiales de « Accord économique et commercial global ». Le perpétuel recours à l’anglais dont se rendent coupables les instances de l’Union européenne n’est pas de nature à faciliter les choses et à créer un climat de confiance entre les parties. Ce traité de 1.600 pages, peu lisibles, était accompagné d’une déclaration interprétative d’une douzaine de pages rédigées dans la langue de Shakespeare. Il n’est pas normal que le Parlement de Wallonie ait été obligé d’en commander une traduction à ses frais. Par rapport à un texte ayant une telle portée et autant d’implications, chacun doit pouvoir le lire dans sa langue maternelle. Une fois encore, l’Union européenne a failli à ses devoirs !

Au niveau belge, force est de constater que la division communautaire a été, une fois encore, la règle. Bart De Wever n’étant pas pour nous une source d’inspiration, nous ne dirons dès lors pas avec lui qu’il y a deux démocraties dans le Royaume de Belgique. On peut en revanche et sans hésitation aucune souligner que le divorce belge n’a

fait que s’accroître. L’Etat fédéral n’ayant pas été capable d’accorder les violons des différentes Communautés et Régions, il a, à un certain moment, brièvement disparu de la table des négociations. Pendant ce temps, des représentants de la Commission européenne sont entrés en lice, pour ne plus quitter les discussions belgo-belges jusqu’à leur issue. C’est la première fois dans toute son histoire que la Belgique a besoin d’une intervention extérieure pour arrêter une décision intérieure. Ce n’est, dès lors, pas anodin et gageons que cette fois n’est sans doute pas la dernière !

Un autre constat, d’une importance majeure, c’est que le feuilleton de l’approbation du traité au niveau belge a bien illustré non seulement la solidarité entre la Wallonie et Bruxelles, mais aussi avec la Communauté germanophone. A la notable exception du Parlement flamand, tous les parlements des entités fédérées ont approuvé le traité le même jour, après que les mêmes obstacles aient été levés. Tous ceux qui – et dans chaque région, ils sont bien trop nombreux ! – spéculent sur une distanciation entre les Wallons et les Bruxellois en ont pris pour leur grade.

On ne peut pas non plus passer sous silence les réactions déplacées de certains de nos ennemis, qu’ils le soient de longue ou de fraîche date. Personne ne s’étonnera des propos de Bart De Wever qui a déploré « l’exemple pitoyable » donné par la Wallonie, non seulement d’elle-même mais aussi de la Flandre et de la Belgique. Les Francophones

ayant déjà été si souvent insultés par des milieux flamands, il va de soi que toute critique venant du nord ne peut que glisser sur le cuir ciré de notre indifférence.

Beaucoup plus étonnante a été la sortie du commissaire européen de nationalité allemande Günther Oettinger qui, lors d’un dîner de gala organisé par le patronat allemand et sans doute trop arrosé pour lui, a proféré l’insulte suivante : « La Wallonie, une microrégion, gérée par des communistes ! » En bref, un vrai discours à la Trump. Pour avoir traité la France de « pays déficitaire et récidiviste » en 2014, nombreux avaient été les Français à réclamer sa démission. Si des appels à la démission de ce trublion se sont cette fois faits entendre tant chez nous qu’en Allemagne, on ne peut que déplorer l’attitude du président de la Commission qui feint d’ignorer ce nouvel incident.

Une question dérangeante mérite enfin d’être posée : fallait-il oui ou non signer ce traité alors que le mouvement associatif s’était mobilisé comme jamais auparavant pour s’y opposer ? Pour rappel, celui-ci combattait tant le TTIP avec les Etats-Unis que le CETA, en les mettant sur le même pied. Il ne faut cependant pas perdre de vue qu’il s’agissait bien de deux projets de traité différents avec deux Etats distincts. Le premier concerne les Etats-Unis, un pays de 325 millions d’habitants, jouant le jeu d’un capitalisme sauvage, peu soucieux des enjeux environnementaux et sociaux. Le second nous lie au Canada, l’Etat le plus européen en dehors de notre continent et dont de nombreuses normes n’ont rien à envier aux règles européennes. Y cohabitent entre autres des législations très fortes, un système public d’assurance maladie, une législation du droit des travailleurs, un système public d’enseignement… De nombreux Belges francophones y ont émigré pour y trouver du travail. La Fédération Wallonie/ Bruxelles a, quant à elle, signé quantité d’accords culturels avec le Québec, avec lequel nous partageons langue et culture. Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, et Pierre-Marc Johnson, qui a négocié les clauses du CETA, sont tous deux francophones. Si l’Europe ne signe pas un accord avec le Canada, avec qui en signerat-elle encore ? Force est quand même de constater que les livraisons d’armes à des pays assassins comme l’Arabie saoudite ont provoqué bien moins de polémiques…

Une des revendications des opposants les plus farouches à la conclusion du traité était l’insertion d’une clause de respect des droits de l’Homme. Si celle-ci se justifie pleinement dans un traité avec les EtatsUnis, qui sommes-nous pour imposer une telle disposition au Canada, un pays nettement mieux placé que la Belgique dans

les classements internationaux d’Etats respectueux de la démocratie et des droits de l’Homme ?

L’insertion d’une disposition sur le recours à l’arbitrage en vue du règlement de conflits liés à la possibilité d’attaquer certaines législations sociales et environnementales faussant les règles de concurrence a suscité bien des indignations. Les détracteurs semblaient ignorer que l’application de cette clause ne vaut que pour les investissements et pas pour les échanges commerciaux. Imagine-t-on une firme wallonne commercialisant du sirop de Liège et désireuse de s’implanter au Canada en vue de produire du sirop d’érable faire pleinement confiance à un tribunal d’outre-Atlantique ? Ce genre de juridiction qui existe dans quantité de traités commerciaux a, dans la majorité de ses interventions, donné raison aux Etats. Y imposer des magistrats professionnels ne peut qu’être bénéfique.

De nombreux manifestants craignaient que la signature du CETA ne soit une porte ouverte pour la signature du TTIP avec les Etats-Unis. Avec Philippe Couillard, Premier ministre québécois, nous pensons

au contraire que les clauses du CETA ne constituent qu’un niveau de démocratie politique, économique, sociale et environnementale en deçà duquel, il ne pourra pas être possible de négocier d’autres accords, le TTIP y compris. Il importera, en tout état de cause, de faire preuve d’une vigilance extrême et, si nécessaire, de renvoyer les technocrates de l’Union européenne à leurs chères études. Une question plus fondamentale se pose désormais : serat-il encore possible de négocier quoi que ce soit avec l’administration Trump ? Rien n’est moins sûr !

La signature du traité n’est intervenue qu’avec quelques jours de retard. Que représente ce contretemps par rapport aux années de négociations qui ont été nécessaires à la conclusion de celui-ci ? Des cacahuètes ! On n’a pas touché au traité mais on a clarifié certaines imprécisions de la déclaration interprétative. Qui a gagné ce conflit, les tenants ou les opposants ? Cela n’a somme toute aucune importance. Seul compte l’intérêt général.

 Jean-Luc Robert

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Editorial. Les Francophones seront-ils donc toujours les dindons de la farce?

Ces dernières semaines, plusieurs mauvaises nouvelles ont été annoncées aux Wallons et aux Bruxellois. Si l’on pouvait se douter que de telles révélations ne pourraient qu’être désagréables à entendre, il n’est quand même jamais interdit d’espérer des miracles.

La première mauvaise nouvelle concerne le coût pour les Francophones de la sixième réforme de l’Etat. Les dotations transférées par l’Etat fédéral pour l’exercice de certaines compétences s’avèrent être insuffi santes. Celles qui sont principalement visées sont les suivantes : allocations familiales, soins de santé, emploi, personnes âgées et hôpitaux. Le manque à gagner pour la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles vient d’être évalué par l’ULB à 319 millions d’euros, alors que la Flandre, grâce à cette opération, encaisse un bénéfi ce de 302 millions d’euros. De plus, certains coûts relatifs au fonctionnement n’ont pas été pris en compte, tels le personnel à recruter, l’informatique et les bâtiments. Eh oui, diviser une administration en deux ou en trois, cela coûte cher !

Autre mauvaise nouvelle, le chef de groupe de Défi  au Parlement bruxellois révèle que, selon son analyse, la SNCB serait plus performante pour les navetteurs fl amands que pour leurs homologues wallons. L’étude, menée avec rigueur scientifi que, révèle des disparités dans la qualité des liaisons directes entre plusieurs grandes villes et Bruxelles, mais également dans le temps de parcours.

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Nouvelle tuile pour les Francophones. Le Gouvernement fédéral vient de décider le maintien de la clé de répartition des quotas de numéros Inami entre la Flandre (60 %) et la Fédération Wallonie-Bruxelles (40 %) pour 2022, ce contre l’avis de planifi cation médicale qui avait proposé une répartition plus favorable aux Francophones. C’était toutefois compter sans la N-VA et le CD&V qui se sont empressés de relayer au plan politique l’opposition radicale à tout changement en la matière, position manifestée par Rik Torfs, le recteur fl amingant de la KUL. Si l’on ne tenait compte que de la démographie des trois Régions, la répartition serait de 57,5 % pour les Flamands contre 42,5 % pour les Francophones.

NV-A, pas NV-A, cela ne change en fait rien. Cela fait des décennies qu’à l’occasion de chaque répartition nord/sud, les Francophones sont les perdants de l’opération. On l’a vu lors des lois linguistiques pour les fonctionnaires, lors de la communautarisation de l’enseignement, lors de l’attribution de la clé de répartition 80/20 à Bruxelles, lors de la répartition des investissements de la

SNCB, et les exemples pleuvent. On se fait avoir à chaque coup !

Le ciel n’est cependant pas totalement rempli de nuages menaçants. Un rayon de soleil sur fond d’azur nous donne quand même chaud au cœur. Alors que plusieurs voix s’étaient élevées pour réclamer la régionalisation de l’enseignement et de la culture, d’autres ont décidé de réagir afi n d’empêcher un tel gâchis. Un collectif d’une vingtaine d’intellectuels issus du monde culturel et académique et dont les renommées dépassent largement nos frontières ont signé un manifeste non seulement d’opposition à la régionalisation des matières précitées, mais aussi en vue de renforcer la capacité de la Fédération Wallonie-Bruxelles en ces domaines. Nous osons croire que cela calmera les velléités de certains Francophones qui, voulant nous diviser, font totalement le jeu des Flamands qui n’attendent que cela !

Jean-Luc Robert

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Editorial. Les Francophones vont-ils enfin ouvrir les yeux?

Il y a quelques mois déjà, je tirais la sonnette d’alarme. Les Francophones de ce pays ne se préparent nullement à l’inéluctable. Aucun plan B n’existe au cas où les Flamands déclareraient leur indépendance. On ne peut ce pendant pas dire qu’ils avancent cachés.

La N-VA n’a jamais modifié l’article 1er de ses statuts, lequel stipule que la Flandre opte «pour une république flamande indépendante, membre d’une Union européenne démocratique» (sic). Ce parti est de loin, et même de très loin, le parti le plus puissant en Flandre et c’est lui qui donne le ton, et pas qu’au nord du pays ! La N-VA a pris l’engagement de ne pas exiger, au sein du gouvernement Michel, une nouvelle réforme de l’Etat. On veut bien croire ses dirigeants. Soit, mais quid de l’après Michel ? Quelle attitude les Francophones devront-ils adopter ? On sait que la meilleure stratégie de défense, c’est l’attaque. On n’attaque cependant pas de façon improvisée. Le simple fait de dire «non» a, par le passé, mené les Francophones dans le décor. Après 541 jours de crise, ils ont dû céder à presque toutes les exigences reprises dans le cahier de revendications flamandes, cela sans obtenir grand-chose en échange. La contrepartie de la scission de l’arrondissement de BHV, à savoir la création d’une communauté urbaine, n’est toujours pas concrétisée… Elle n’est d’ailleurs pas prête de l’être.

En attendant la prochaine grande crise communautaire qui surviendra au plus tard avant la formation du prochain gouvernement, le travail de sape orchestré par le mouvement flamand poursuit son bonhomme de chemin. Il est étonnant de constater que même la presse populaire commence à s’en rendre compte. Un hebdomadaire comme «Paris Match», lequel nous gratifie d’habitude de niaiseries sur les toilettes de la reine Mathilde ou les soi-disant générosités de celle-ci pour quelques malheureux triés sur le tas, commence à voir clair.

Son deuxième numéro du mois de mai est on ne peut plus éloquent. A vous d’en juger : «(…) on y découvre qu’en matière de justice, de police, de défense et de renseignement, les Flamands squattent quasiment tous les postes clés ! Dont 11 postes sur 13 rien que dans le domaine de la sécurité publique. Comme par hasard, cette «flamandisation» des bases de l’Etat s’accentue depuis l’arrivée au pouvoir de la N-VA. Il existe une volonté de plus en plus affirmée de faire passer l’intérêt flamand avant tout», écrit le journaliste Frédéric Loore, auteur de l’enquête qui cite ses sources : «avant même l’intérêt national de sécurité, je finis par le croire’, lâche un commissaire de police. Et un officier de liaison de la Police fédérale se rappelle s’être un jour entendu dire de la part d’un ministre du pays dans lequel il officiait : ’Tiens, on parle encore le français chez vous ?». Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’un tel article nous change des habituelles calembredaines de «Paris Match».

L’idée que la Belgique ne fonctionne plus gagne chaque jour davantage les esprits. Des journaux comme «Le Monde», «Le Soir» ou l’hebdomadaire «Le Vif» en font leurs gros titres. Des représentants du monde de l’entreprise en sont même arrivés à se réunir en vue d’avancer des idées pour «Revitaliser ce pays qui laisse l’impression de ne plus fonctionner» (*). Cette paralysie du pays est en partie organisée de façon sournoise par la N-VA en vue d’accélérer le processus séparatiste et de persuader les Francophones les plus nostalgiques d’une Belgique unie qu’il n’y a plus d’autres choix.

Ce n’est pas tout. Il m’est pénible de devoir rappeler une fois encore que cette mauvaise sixième réforme de l’Etat a limité dans le temps les transferts nord-sud. Ceux-ci pouvaient encore durer dix années ; or, les lois en question ont été promulguées en… 2014. Il y a donc quatre ans déjà ! Le compte à rebours tourne et on ne voit aucune mesure structurelle prise en vue d’amortir le choc futur. Non seulement, on n’en voit aucune mais on ne perçoit même pas l’amorce d’une discussion à cet égard. Pire même, certains apprentis sorciers ont pour seule idée la régionalisation de la Fédération Wallonie-Bruxelles, laquelle entraînerait, parmi de nombreuses autres conséquences négatives, une explosion des coûts de fonctionnement. Dans un psaume de la Bible, il était déjà écrit : «Ils ont des yeux et ne voient point» …

Le dernier grand baromètre politique RTL- TVI / Ipsos / Le Soir de mai 2016 prévoit une forte poussée de l’extrême droite nationaliste en Flandre et de l’extrême gauche du PTB en Wallonie, avec une baisse des différents partis au pouvoir au niveau fédéral et dans les entités fédérées. Un tel séisme, s’il devait se réaliser- et il y a peu de raisons de croire le contraire-, accentuerait encore davantage les antagonismes nord/sud. Avec et même sans le travail de sape de la N-VA, la Belgique deviendra tout simplement ingouvernable.

La Ligue Wallonne et Francophone de la Région de Bruxelles appelle dès lors les différents partis politiques francophones à mettre leurs querelles entre parenthèses et à préparer ensemble l’avenir avec toutes les forces vives des deux Régions, que celles-ci soient économiques, sociales, associatives et académiques. A défaut de quoi, l’ultime septième réforme de l’Etat, tant voulue au nord du pays, assombrira pour longtemps notre avenir et celui de nos enfants !

 

Jean-Luc Robert

 

(*) plus de détails dans nos versions imprimées…

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Activités passées

 

Ce dimanche13 mars 2016 à midi aura lieu le banquet de printemps de la Ligue francophone et wallonne de la Région de Bruxelles au lieu habituel, à savoir le restaurant « La Moule sacrée », au 11 de la rue des Chapeliers à Bruxelles, à deux pas de la Grand Place. Vos amis et votre famille sont aussi les bienvenus.

Le menu proposé au prix de 25 € sera le suivant :

Kir royal

Moules marinières

ou

Pavé de boeuf sauce poivre vert

Glace au spéculoos

Vin, eaux, café

Le paiement de 25 €au compte 145-0539031-61 de la LFWRB vaut inscription. Veuillez préciser votre choix viande ou moules. Réservation téléphonique au 02/734.46.16 chez Françoise Hector ou par courriel jeanluc.robert@telenet.be

 

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